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Insuline et sulfamides

Diabète : un risque de surtraitement chez les plus de 65 ans

Par Audrey Vaugrente

Après 65 ans, le traitement du diabète n’est pas chose aisée. Le risque d’hypoglycémie lié à certains traitements doit assouplir les règles de contrôle du glucose dans le sang.

Reed Saxon/AP/SIPA
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La gestion du diabète après 65 ans, une affaire complexe. La plupart des patients visent une hémoglobine glyquée inférieure à 7 %. Mais pour une personne âgée, l’objectif peut être trop ambitieux, selon une étude parue dans le JAMA Internal Medicine. Dans 30 % des cas, les patients de plus de 65 ans pourraient même être sur-traités, concluent ses auteurs.

 

Le risque d’hypoglycémie

Près de 1 300 Américains, âgés de 65 ans ou plus, ont été suivis entre 2001 et 2010. La moitié des participants étaient considérés comme en relativement bonne santé. 30 % étaient dans un état de santé intermédiaire, c’est-à-dire qu’ils souffraient d’au moins 3 maladies chroniques ou de difficultés à réaliser une ou deux activités quotidiennes. Le troisième groupe incluait les personnes dont l’état de santé était « très complexe. » Leur hémoglobine glyquée (glycémie sur 3 mois) a été surveillée.

« Près de deux tiers des adultes diabétiques dont l’état de santé est complexe ou très complexe présentent un contrôle strict de leur glycémie », concluent les auteurs. A leurs yeux, une bonne part de ces participants sont sur-traités, car l’insuline ou les sulfamides hypoglycémiants, utilisés pour réguler la glycémie, induisent un risque d’hypoglycémie.

 

De nouvelles recommandations

Selon les auteurs de l’étude, un contrôle trop strict de la glycémie par médicaments comporte des bénéfices mais aussi des risques. Chez des personnes fragiles, âgées ou souffrant de comorbidités, l’hypoglycémie peut aboutir à des hospitalisations ou une hausse de la mortalité cardiovasculaire.

« On sait depuis 2008 que, lorsqu’on utilise des médicaments qui donnent des hypoglycémies, comme l’insuline ou les sulfamides, et qu’on veut traiter de manière intensive (HBA1c inférieure à 6 %), il y a un sur-risque de mortalité cardiovasculaire », explique le Pr André Grimaldi, diabétologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris) contacté par pourquoidocteur. « La consigne a donc été donnée de dire que, chez les personnes à haut risque, il faut mettre le pied sur le frein lorsqu’il y a un risque d’hypoglycémie, et viser une hémoglobine glyquée plus haute, c’est-à-dire autour de 7,5 ou 8 %. »

 

Simplifier le dialogue

Le clé, pour André Grimaldi, c’est la personnalisation du traitement, et un message simple : « Je pense qu’il faut simplifier le message : l’hypoglycémie peut avoir des conséquences cardiovasculaires chez des patients à haut risque, si le traitement n’est pas personnalisé et si les malades sont mal éduqués », commente ce diabétologue. Il plaide pour des objectifs plus raisonnables et une meilleure éducation du patient. Mais il rappelle aussi que les sulfamides et l’insuline ne sont pas des remèdes miracle. « Le grand bénéfice cardiovasculaire observé dans le diabète est dû à 3 médicaments : les statines, les anti-hypertenseurs et, chez les malades à haut risque, l’aspirine. C’est démontré et cela donne un gain considérable : l’incidence de l’infarctus a diminué de 30 à 40 % grâce à ces traitements », insiste André Grimaldi. « Ce qu’on demande aux anti-diabétiques oraux, c’est de ne pas être délétères. »