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Libéraux, urgentistes, cliniques...

Grève des médecins : ce qu'en pensent les Français

Les médecins libéraux entament leur mouvement de grève ce 23 décembre. Les Français, les politiques et les autres professionnels de santé comprennent les raisons de leur colère. 

Grève des médecins : ce qu'en pensent les Français DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 23.12.2014 à 14h29
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Les médecins peuvent débrayer l’esprit tranquille : la France les soutient. Selon un sondage OpinionWay, les deux tiers des citoyens défendent le mouvement des blouses blanches, qui ont entamé ce lundi une grève reconductible. Droite comme gauche, riches ou pauvres… Rarement un projet de loi Santé a mis tant de monde d’accord – dans le désaccord.

Réflexe revanchard
Pourtant, dans le détail, les Français ne semblent pas particulièrement opposés à la direction prise par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Ils sont 67% à approuver la généralisation du tiers-payant, mesure phare du projet de loi, et principal point de discorde entre médecins et gouvernement. Mais en même temps, la moitié (52%) adhère à l’une des revendications des blouses blanches : la hausse de 2€ des tarifs de consultation. A n’y rien comprendre…

« Ce n’est pas la première fois que les Français font preuve d’esprit de contradiction ! », sourit Jean-Daniel Levy. Pour le directeur du département opinion de Harris Interactive, cette forte adhésion a plusieurs explications. Si elle témoigne d’un fort capital sympathie des médecins au sein de la population, elle révèle aussi (si besoin est) un profond divorce entre les citoyens et la classe dirigeante. « Dans un contexte de forte impopularité du président, tous ceux qui remettent en cause la politique gouvernementale reçoivent le soutien des Français », explique Jean-Daniel Levy.

Mais au-delà du réflexe revanchard, les citoyens expriment aussi une forte préoccupation. « Cette adhésion marque une inquiétude croissante des Français quant à la pérennité de leur système de soins, auquel ils tiennent beaucoup. Finalement, même s’ils ne soutiennent pas toutes les revendications des médecins, le mouvement de grève renforce leurs craintes de voir ce système disparaître ».

Ecoutez Jean-Daniel Levy, directeur du département opinion de Harris Interactive : « Le gouvernement aurait pu présenter le tiers-payant comme une avancée majeure mais il n’a fait que communiquer sur les difficultés économiques ».



Unisson politique
Même au sein de la classe politique, la grève des blouses blanches génère un certain compromis. Des critiques similaires fusent de partis pourtant rivaux et habitués au « qui perd gagne ». A nouveau, elles portent moins sur le contenu du projet que sur la méthode employée.

Plusieurs députés de droite et de gauche dénoncent ainsi un manque de concertation avec les professionnels de santé, une mauvaise pédagogie, une volonté d’aller trop vite. « Une réforme ne peut être réussie que s’il elle emporte l’adhésion des acteurs qu’elle concerne, explique le sénateur UMP Alain Vasselle, ancien rapporteur du budget de la Sécurité social. S’ils formulent des contre-propositions, le ministère doit les prendre en compte. Sinon, tout le monde traîne les pieds et une inertie va se développer ».

Pour le sénateur, spécialiste des questions de santé, il aurait fallu expérimenter le tiers-payant généralisé avant de l’imposer. « Cela aurait évité beaucoup d’erreurs – on l’a vu pour la réforme des rythmes scolaires en milieu rural. Et le message à l’encontre des médecins n’aurait pas été le même ».

Le député socialiste Gérard Bapt, rapporteur du budget de la Sécurité sociale et cardiologue de profession, n’en pense pas moins. « Il y a eu des maladresses qui ont mené à une forte incompréhension, notamment sur la réorganisation territoriale des soins par les Autorités Régionales de Santé », reconnaît-il.

« En adoptant une autre stratégie à l’encontre des cliniques, par exemple, nous aurions pu éviter le psychodrame. Dans ma commune, cela fait longtemps que leurs services d’urgence sont associés au CHU par convention. Et cela se passe très bien. Car les acteurs locaux – soignants, en coopération avec les organismes médicosociaux - sont les mieux placés pour gérer l’organisation territoriale des soins ». Les cliniques, en grève à partir du 5 janvier, ne diront pas le contraire.

Ecoutez Gérard Bapt, député PS : « Cette réforme implique des changements culturels importants pour le médecin. Il aurait fallu agir progressivement… »



Des "cicatrices" rouvertes
A travers ce projet de loi Santé, les autorités redessinent le rôle et les prérogatives du médecin. Elles s’attaquent à sa sacro-sainte liberté de prescrire, en exigeant une autorisation préalable de l’Assurance maladie avant de rédiger des ordonnances pour certains médicaments. Elles proposent également que les pharmaciens puissent vacciner les patients.

Au risque de diviser les professionnels de santé. Certes, les pharmaciens n’iront pas jusqu’à débrayer aux côtés des médecins. Mais ils sont loin de jubiler à propos de ce « cadeau » qui leur est fait. « La couverture vaccinale régresse en France et il est nécessaire de recréer une culture du vaccin », explique Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO).

« Mais le dossier a été mal posé. On aurait dû proposer la vaccination chez le pharmacien là où il existe des difficultés de territoire, quand médecins et infirmiers sont trop débordés. La réforme de Marisol Touraine est trop brutale. Elle nous a divisés, alors que nous avons vraiment besoin d’une cohésion entre professionnels de santé », déplore-t-il.

Ecoutez Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO) « Ce projet de loi rouvre les cicatrices entre médecins, infirmiers et pharmaciens ».



"Drôles de grèves !"
Finalement, il n’y a que le Ciss – la voix des patients - qui ne va pas dans le sens des grévistes. Le collectif dénonce un mouvement où « les patients trinquent » en pleines fêtes de fin d’année, et « un pêle-mêle de revendications surprenantes ».

« Les médecins récusent le tiers-payant, quand 23 000 pharmacies françaises le font sans difficulté », peut-on lire dans un communiqué. « Les cliniques privées s'inquiètent de la mainmise de l’Etat mais les patients craignent plutôt que les fonds de pensions qui les possèdent décident de les fermer ». Quant aux urgentistes, ils en prennent aussi pour leur grade. « Malgré des allocations de ressources considérables depuis près de deux décennies maintenant, la qualité de la prise en charge en urgence se dégrade ». Et le collectif de conclure : « Drôles de grèves ! »

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