- Selon une nouvelle étude, la perception de la démarche des personnes équipées d’une prothèse robotisée est biaisée pendant la phase d’apprentissage.
- Au début de l’expérience, les participants la percevaient plus instable et saccadée qu'elle ne l'était réellement.
- En revanche, après quatre jours d'entraînement, ils pensaient marcher de façon plus fluide et naturelle qu’en réalité.
“Nous souhaitions en savoir plus sur la manière dont les personnes (...) qui utilisent des prothèses robotiques intègrent ces dispositifs à leur image corporelle, explique Helen Huang, chercheuse à la North Carolina State University, aux États-Unis, dans un communiqué. Cette intégration évolue-t-elle à mesure qu'elles se familiarisent avec ces appareils ? Existe-t-il un lien entre l'intégration de ces dispositifs à l'image corporelle et les performances des utilisateurs ?”
La perception de la démarche évolue avec les progrès
Pour répondre à ces questions, Helen Huang et son équipe ont mené une étude auprès de neuf personnes valides qui, pendant quatre jours, ont porté une prothèse robotisée. Celle-ci était fixée à l’un de leurs genoux fléchi en angle droit.
Pour mesurer l’aisance avec laquelle les participants s’habituaient à ce dispositif, les chercheurs leur ont demandé de marcher sur un tapis de course, sans toucher les barres d’appui. Après chaque séance quotidienne, ils devaient choisir une animation informatique illustrant la démarche la plus proche de leur performance.
“Lorsqu'on commence à marcher avec une prothèse de jambe, on a l'impression que les mouvements de son corps sont plus maladroits qu'ils ne le sont en réalité, souligne Helen Huang. Avec la pratique, et à mesure que leurs performances s'améliorent, les personnes continuent d'avoir des difficultés à évaluer leurs mouvements, mais leur imprécision est d'une nature très différente.”
D’après les résultats, qui viennent d’être publiés dans la revue PNAS Nexus, l’impression des participants quant à leur démarche évoluait au fil du temps. Au début de l’expérience, ils la percevaient plus instable et saccadée qu'elle ne l'était réellement. En revanche, après quatre jours d'entraînement, ils pensaient marcher de façon plus fluide et naturelle qu’en réalité.
La confiance impacte l’apprentissage de la marche avec une prothèse
Objectivement, les performances de tous les participants s’étaient améliorées pendant ces quatre jours. Mais la perception de leurs mouvements restait biaisée : à l’inverse du début, ils étaient cette fois trop confiants, ce qui peut poser un problème d’apprentissage.
“Si l'on pense déjà bien se débrouiller, on est moins enclin à fournir les efforts nécessaires pour progresser, même s'il existe une marge de progression importante, développe Helen Huang. Nous pensons qu'il serait précieux de trouver un moyen de leur fournir une évaluation plus précise de leurs mouvements réels.”
Améliorer la rééducation
D’après les chercheurs, pour évaluer leur démarche, les participants se concentraient principalement sur la position de leur torse et moins au comportement de la prothèse elle-même. “Il serait possible d'améliorer leurs performances en leur fournissant des retours visuels ou autres leur permettant de corriger leur perception corporelle et leur démarche pendant l'entraînement avec la prothèse”, propose Helen Huang.
Des conseils que les chercheurs espèrent transmettre aux centres et aux professionnels de la rééducation pour améliorer l’apprentissage de la marche des patients. En France, chaque année, il y a plus de 8.000 nouveaux cas de personnes amputées du membre inférieur.


