- Un fœtus atteint d’une tumeur vasculaire rare a été traité avant sa naissance.
- Le médicament, administré à sa mère, a permis de réduire la masse et d’éviter le pire.
- Issa est né en novembre par césarienne à Strasbourg. Aucun risque vital immédiat n’est engagé.
Diagnostiqué in utero avec une pathologie rare et agressive, un petit garçon originaire de Mulhouse (Haut-Rhin) a été sauvé grâce à un traitement inédit administré à sa mère pendant la grossesse. Une première mondiale saluée par les équipes médicales de Mulhouse, Strasbourg et Lyon, et rapportée notamment par l’Agence France-Presse (AFP).
Une tumeur détectée au septième mois
Tout commence lors d’une échographie de routine à la maternité de Mulhouse, au cours de laquelle une sage-femme repère une anomalie. Des examens complémentaires révèlent, au septième mois de grossesse, une masse vasculaire impressionnante de 8 à 9 centimètres au niveau du cou du fœtus. Le diagnostic tombe : il s’agit d’un syndrome de Kasabach-Merritt, une tumeur vasculaire rare et potentiellement mortelle.
Comme l’a expliqué à l’AFP le professeur Laurent Guibaud, spécialiste des anomalies vasculaires aux Hospices civils de Lyon, la tumeur "a comme particularité d’aspirer les plaquettes […] le bébé se retrouve avec un taux très bas et soumis à des hémorragies qui peuvent être fatales". Selon le docteur Chris Minella, du Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, la tumeur risquait aussi de "comprimer la respiration".
Face au risque de décès in utero, les équipes proposent alors une solution exceptionnelle : un traitement anténatal par Sirolimus, un médicament antiangiogénique qui freine la prolifération des vaisseaux sanguins. Administré par voie orale à la mère dès le huitième mois, le médicament traverse la barrière placentaire et atteint le fœtus pour agir directement sur la tumeur.
Une naissance sous haute surveillance
"C’est la première fois que ce traitement a été utilisé en anténatal pour traiter une tumeur vasculaire de ce type-là", souligne le professeur Guibaud. Le docteur Minella rappelait lors d’une conférence de presse le 16 février : "Nous n’avions pas de doute sur l’efficacité du traitement […] En revanche, c’était le premier cas mondial où on l’a instaurée pendant une grossesse". Une étroite surveillance échographique a permis de contrôler l’évolution de la masse et l’absence d’effets sur les autres organes.
Le 14 novembre 2025, Issa naît par césarienne à Strasbourg. La tumeur a diminué, et aucun risque vital immédiat n’est engagé. L’hématologue Alexandra Spiegel-Bouhadid parle d’"un traitement exceptionnel qui a permis de sauver ce petit garçon". Aujourd’hui âgé de trois mois, l’enfant est suivi à l’hôpital de Mulhouse. "Malgré sa tumeur, c’est un enfant normal, il mange bien, il grandit bien", confie sa mère Viviane à l’AFP.


