- Une étude relie la résistance à l’insuline à 12 types de cancers.
- Un outil d’intelligence artificielle a permis cette démonstration à grande échelle.
- Ce modèle pourrait améliorer le dépistage et la prévention.
Longtemps associée au diabète, l'insulinorésistance pourrait avoir des conséquences bien plus larges. Une étude publiée dans la revue Nature Communications par des chercheurs japonais, fondée sur l’analyse de près de 500.000 participants de la UK Biobank, montre qu’elle est associée à un risque accru de 12 types de cancers. Une avancée rendue possible grâce à l’intelligence artificielle (IA).
L’intelligence artificielle au service du dépistage
La résistance à l’insuline correspond à une mauvaise réponse des cellules à cette hormone, essentielle pour réguler le taux de sucre dans le sang. Lorsque l’organisme y répond mal, il produit davantage d’insuline pour compenser. A long terme, ce déséquilibre favorise le diabète, mais aussi des maladies cardiovasculaires, rénales ou hépatiques.
Mais son évaluation reste complexe en pratique. C’est pour y remédier que l’équipe de l’hôpital universitaire de Tokyo a développé une IA, "un outil d’apprentissage automatique, baptisé AI-IR, pour prédire la résistance à l’insuline des individus à partir de neuf paramètres médicaux", explique Yuta Hiraike, l’auteur principal des travaux, dans un communiqué. Ces données, issues d’examens de santé standards, permettent d’estimer le risque sans nécessiter de tests spécialisés, souvent réservés aux cliniques du diabète.
La résistance à l’insuline ne cause pas directement pas le cancer
En appliquant l’AI-IR à la cohorte de participants, les chercheurs ont observé que ceux qui présentaient une forte résistance à l’insuline développaient plus fréquemment 12 types de cancers. C’est "la première preuve à l’échelle d’une population que la résistance à l’insuline est un facteur de risque de cancer", souligne Hiraike.
Attention, être un "facteur de risque" ne signifie pas que la résistance à l’insuline cause directement le cancer. Cela veut dire qu’elle augmente la probabilité d’en développer un, indépendamment d’autres variables. Plusieurs mécanismes sont envisagés : excès d’insuline circulante pouvant stimuler la croissance cellulaire, inflammation chronique, ou encore perturbations métaboliques créant un terrain favorable aux tumeurs.
Vers une prévention plus ciblée
Jusqu’à présent, l’indice de masse corporelle (IMC) servait d’indicateur indirect. Mais cet outil présente des limites : certaines personnes obèses restent saines au niveau métabolique, tandis que d’autres, au poids normal, développent une résistance à l’insuline. "En combinant neuf paramètres cliniques en une seule mesure, AI-IR peut détecter une résistance à l’insuline que l’IMC seul ne peut expliquer", précise Yuta Hiraike.
Les prouesses d’AI-IR ont été comparées à des mesures directes de la résistance à l’insuline. "Le modèle a obtenu un haut score de prédiction, offrant une alternative robuste et évolutive pour évaluer la résistance à l’insuline à grande échelle", affirme l’expert. L’objectif, désormais, est d’identifier plus tôt les individus à risque afin de proposer un dépistage ciblé du diabète, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers.




