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Décès pendant l'accouchement

Drame d'Orthez : 1 % des anesthésistes dépendants à l'alcool

Par Audrey Vaugrente

A Orthez (Pyrénées-Atlantiques), une femme enceinte est morte alors qu'elle accouchait sous césarienne. L'anesthésiste a reconnu avoir "un problème d'alcool pathologique."

Intubation d'une patiente pendant l'anesthésie (DURAND FLORENCE/SIPA)

L’accident d’anesthésie a été fatal. Dans la nuit du 26 au 27 septembre, à la maternité d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques), une femme enceinte a été victime d’une erreur médicale alors qu’elle accouchait par césarienne. Intubée dans l’oesophage au lieu des voies respiratoires, elle est décédée ce 30 septembre. La maternité plaide l’erreur humaine de la part de l’anesthésiste, probablement sous l’emprise d’alcool au moment des faits.

 

« On ne peut pas se permettre de faire des erreurs »

C’est en effet l’état de santé de l’anesthésiste qui attire le plus l’attention. Interrogée par la police, elle a reconnu un « problème d’alcool pathologique. » Au bloc, l’équipe aurait aussi constaté ses difficultés d’élocution et de réactivité, sans agir.
Mais cette affaire est loin d’être représentative de toute la profession, objecte le Dr Yves Rébufat, président du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs (SNPHAR), contacté par pourquoidocteur. Les chiffres le confirment : alors que 15 % de la population française este concernée par l’alcoolodépendance, ce n’est le cas que pour 1 % des anesthésistes.

 

Ecoutez le Dr Yves Rébufat, président du SNPHAR : « C'est un problème, surtout avec des métiers à responsabilité comme les nôtres, parce que ça a des conséquences sur les patients. »

 

Un accès facile aux drogues

A l’origine de ces addictions, pas toujours liées à l’alcool, plusieurs facteurs sont suggérés. Les différentes études menées sur le sujet évoquent un « métier difficile », de nombreuses « contraintes » et du « stress. » Mais c’est surtout l’accès facilité aux substances utilisées en anesthésie qui inquiète. « Des agents psycho actifs hautement toxicomanogènes (qui induisent une toxicomanie, ndlr) sont à la disposition des praticiens pour leur usage professionnel », souligne une étude du département d’anesthésie-réanimation de l’hôpital Tenon (Paris), présentée à une conférence de la Société française d’anesthésie-réanimation (SFAR) en 2002. « La facilité d’acquisition et d’utilisation de ces agents fait courir un risque particulier aux professionnels, médecins et infirmiers, travaillant en milieu anesthésique, et susceptibles de développer une toxicomanie. »

 

L’affaire de la maternité d’Orthez révèle aussi un problème de fond : le suivi médical des professionnels de santé. Car la médecine du travail en milieu hospitalier n’est pas réellement développée.

Ecoutez le Dr Yves Rébufat : « Le suivi est important pour aider ces confrères qui ont des addictions, les aider à s'en sortir ou les orienter vers d'autres projets professionnels. » 

 

Les outils de lutte contre les addictions chez les médecins sont tout aussi lacunaires. En dehors de la médecine du travail, qui peine à remplir ses fonctions, seul un numéro vert est disponible : le 0 800 006 962, mis en place par la SFAR. Les professionnels de santé souffrant d’addiction, ainsi que leurs confrères qui ont remarqué une dépendance, peuvent accéder à des conseils sur la conduite à tenir. Mais la décision est particulièrement difficile à prendre, comme le reconnaît le Dr Rébufat.

 

Ecoutez le Dr Yves Rébufat, président du SNPHAR : « C'est très difficile parce qu'on n'a pas été formé médicalement, parce que c'est notre collègue et qu'on ne veut pas lui faire du tort... »

 

Quant à la prévention, c’est le grand néant. Ce n’est pas faute d’idées. En 2002 déjà, l’étude présentée au congrès de la SFAR a suggéré la mise en place d’une évaluation dès l’internat. « On pourrait ainsi suggérer que, dès le début de leur internat, alors qu’une réorientation professionnelle est plus facilement envisageable, les internes en anesthésie aient un entretien systématique avec leur coordinateur d’enseignement, pour évaluer leur adaptation au milieu et les difficultés qui pourraient éventuellement en découler », a alors précisé le Dr Francis Bonnet.