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Etude chez la souris

Traumatismes : comment la mère les transmet à l’enfant

Par Audrey Vaugrente

Des chercheurs ont en partie levé un grand mystère de la psychiatrie : comment les mères transmettent la peur à leurs enfants. Elle utilise, au moins chez la souris, l’odeur liée au sentiment.

PURESTOCK/SIPA

La peur a bien une odeur, et elle se transmet aux enfants. C’est du moins ce qu’on observe chez le rat. Une étude, parue ce 28 juillet dans PNAS, démontre que les rates transmettent à leurs ratons la peur de certaines situations grâce aux odeurs.

 

Des ratons effrayés

A la base de ces recherches, une question, simple en apparence, mais qui mystifie les psychiatres : comment l’expérience traumatique de la mère peut-elle affecter l’enfant, alors même qu’elle a eu lieu avant la naissance ? Pour tenter d’y répondre, deux équipes des universités du Michigan (Etats-Unis) et de New-York ont soumis un groupe de rates à un léger courant électrique dans une pièce sentant la menthe poivrée. Le deuxième groupe d’animaux n’a pas été traumatisé. Après la naissance de ratons, les chercheurs ont de nouveau exposé les mères à l’odeur de menthe poivrée, sans leur envoyer de choc électrique. Elles ont manifesté de la peur. Leur descendance, soumise aux mêmes conditions, a également présenté tous les signes manifestes de la frayeur, à la différence des jeunes rats dont la mère n’était pas traumatisée.

 

Une aire du cerveau impliquée très tôt

Dès ses premiers jours de vie, un rat est incapable d’apprendre quoi que ce soit. Pourtant, les bébés rats peuvent apprendre quoi craindre, grâce aux odeurs qu’exhale leur mère. Cela reste valable si l’origine du traumatisme a eu lieu bien avant la naissance du raton. « Nos recherches montrent que les bébés peuvent apprendre grâce à l’expression de la peur par la mère, et ce, très tôt. En fait, avant même qu’ils n’apprennent de leur propre expérience, ils acquièrent celles de leurs mère. Et, plus important, ces souvenirs transmis par la mère s’inscrivent sur le long terme, à la différence d’autres apprentissages des bébés qui, s’ils ne sont pas répétés, disparaissent rapidement », explique le Dr Jacek Debiec. Il précise que la transmission de la peur prend ses racines dans l’amygdale gauche du cerveau, une aire impliquée plus tard dans l’identification et la réponse aux menaces. En effet, lorsqu’on bloque son activité, les ratons n’ont plus peur de l’odeur de menthe poivrée.

 

Quel intérêt pour l’homme ?

En comprenant comment fonctionne la transmission de la peur, les chercheurs espèrent parvenir à développer un traitement. L’approche est classique en psychiatrie : la compréhension des mécanismes à l’œuvre dans le cerveau est nécessaire au développement d’un traitement chimique. Il est encore trop tôt pour affirmer que, chez l’être humain, l’odeur permet de transmettre la peur à sa descendance, reconnaît le Dr Debiec, même on sait que l’odeur de la mère rassure les bébés angoissés.

Par ailleurs, le Dr Debiec, qui vient de Pologne, signale avoir suivi des enfants dont les parents avaient survécu à la Shoah. Ils faisaient des cauchemars, présentaient un instinct d’évitement et avaient même des flashbacks liés à des expériences traumatiques qu’ils n’avaient jamais vécues. Et même s’ils avaient entendu parler de l’Holocauste par leurs parents, des mécanismes bien plus profonds seraient à l’œuvre, aux yeux du Dr Debiec.