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Psychotropes : les Français continuent d'en abuser

Par Cécile Coumau

Les rapports s'accumulent mais rien n'y change. La consommation de psychotropes atteint toujours des sommets. Une étude réalisée par la société Celtipharm, et révélée par Le Parisien, montre même que les consommateurs habituels des anxiolytiques et autres hypnotiques progresse : ils sont aujourd'hui 32 %. L'analyse en temps réel des ventes de 3004 pharmacies par Celtipharm met aussi un coup de projecteur sur un autre danger : « le mauvais usage de cette classe de médicaments menace chaque mois d'effets secondaires graves pas moins de 230 000 Français, victimes de prescriptions associant psychotropes à des médicaments peu compatibles », souligne le journaliste du Parisien.


« Cela fait vingt-deux ans que j’alerte les autorités, s'insurge Georges Alexandre Imbert, président de l’Association d’aide aux victimes des accidents et maladies liés aux risques des médicaments. Ce sont des drogues dangereuses, prescrites n’importe comment, qu’on rembourse sans rien dire. » 

En 1996 déjà, un rapport – celui du psychiatre Edouard Zarifian – jetait un pavé dans la mare. L'alarme a ensuite sonné régulièrement, sans grand effet manifestement. Le dernier rapport de l'ANSM, paru en janvier dernier, n'a même pas fait la une des journaux. Il révélait pourtant que la consommation de benzodiazépines était repartie à la hausse en 2012, et que le nombre de médicaments consommés par patient augmentait.

Les données sur les dangers de ces molécules, qui s'accumulent, ne semblent pas avoir plus d'effets. Chez les séniors, les benzodiazépines sont responsables de chutes, perturbent la mémoire, et des études récentes ont également évoqué le lien entre consommation au long cours de benzodiazépines et survenue d’une démence. Mais rien n'y fait. Les recommandations de la Haute autorité de santé pour réduire les prescriptions de benzodiazépines chez les plus de 65 ans, les mises en garde de l'ANSM aux prescripteurs, n'endiguent pas le phénomène non plus.


Le pharmacologue Bernard Bégaud, interrogé dans Le Parisien, plaide pour d'autres méthodes : créer une structure de surveillance avec pouvoir d'alerte, mieux former les médecins, rembourser seulement les psychotropes bien prescrits... Ces propositions remises sur le bureau de Marisol Touraine en septembre sont pour le moment restées lettre morte.