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Etude du CNRS

Certaines graisses seraient une vraie « drogue dure » pour le cerveau

Par Audrey Vaugrente

Toutes les graisses ne se valent pas : les triglycérides agissent sur le cerveau comme une « drogue dure » selon le CNRS, en activant les circuits de la récompense et l’accoutumance.

La pâte à tartiner, une addiction ? (Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA)
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Il s'agirait presque d'une addiction selon une équipe de chercheurs français. La raison tient en deux éléments : triglycérides et circuits de la récompense. Une équipe du Centre national de la Recherche scientifique (CNRS) à l’université Paris-Diderot publie ce 15 avril dans Molecular Psychiatry une étude expliquant que les triglycérides ont un effet analogue aux drogues dures sur le cerveau.

 

Les mécanismes de récompense

Le repas est souvent décrit comme un moment de plaisir. Mais ce plaisir peut devenir nocif dans le cas de certains aliments. C’est le cas des triglycérides, des corps gras issus de l’alimentation : ils activent les circuits de la récompense dans le cerveau. Ils se trouvent principalement dans les produis riches en graisse saturée : viandes grasses, fromages ou sauces… mais aussi dans l’huile de palme qui compose une bonne partie de la célèbre pâte à tartiner. Les chercheurs du CNRS ont conclu à l’effet « addictif » de ces corps gras en étudiant des souris, qui privilégient naturellement les aliments riches en graisses aux options plus saines. Afin de simuler ce qu’un être humain qualifierait de « bon repas », les chercheurs ont mis les rongeurs sous perfusion de triglycérides dans le cerveau. Si le corps utilise les sucres et les graisses pour produire de l’énergie, le cerveau ne consomme que du glucose. Il ne devrait donc pas être sensible à ces corps gras. Pourtant, il sécrète un enzyme qui décompose les triglycérides. C'est là, au coeur du circuit de la récompense, que les chercheurs ont donc posé la perfusion.

 

Un effet d’accoutumance

La sensibilité du cerveau aux triglycérides est indéniable : les souris « sous perfusion » étaient moins motivées à actionner un levier qui leur permettait d’obtenir une friandise. Ces spécimens étaient aussi deux fois moins actifs et équilibraient leur consommation d’aliments gras et d’aliments simples. Dans le but de vérifier que les lipides étaient bien responsables de cela, les chercheurs ont éliminé l’enzyme spécifique à ceux-ci, de manière à ce que le cerveau ne les reconnaisse plus. Dans cette situation, les souris se sont montrées plus motivées à obtenir une récompense et à consommer plus de nourriture que la moyenne. Ce résultat vient confirmer une étude précédente, qui a établi qu’une diminution de l’enzyme dans l’hippocampe induit une obésité.

 

L’association entre triglycérides et obésité semble paradoxale : une personne obèse possède plus de triglycérides dans le sang qu’une personne de poids normal. C’est là qu’intervient la notion de « drogue dure » : les souris exposées longtemps et fortement aux triglycérides restent peu actives… mais conservent leur attrait pour les friandises. Le cerveau s’adapte donc pour obtenir sa récompense, exactement comme l’effet d’accoutumance connu des consommateurs de drogue. Et tout cela forme un cocktail parfait pour une prise de poids.