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QUESTION D'ACTU

Problème de diagnostic par téléphone

Un médecin du Samu accusé d'homicide involontaire

Un médecin régulateur du Samu de Poitiers est renvoyé devant la justice. Le tribunal devra dire si son diagnostic par téléphone est responsable du décès d'un patient suite à un malaise cardiaque.

Un médecin du Samu accusé d'homicide involontaire DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 17.02.2014 à 12h55
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La justice vient de décider de renvoyer devant le tribunal correctionnel de Poitiers un médecin régulateur du Samu 86 pour homicide involontaire. Cela à cause du décès, il y a huit ans, d'Emmanuel Granier mot du fait d'un mauvais diagnostic par téléphone. « Un soulagement ! » pour sa compagne Hinda Guemache, interrogée ce lundi dans Le Parisien. Depuis des années, cette femme est déterminée à faire reconnaître la responsabilité du praticien devant la justice.

Un malaise cardiaque non diagnostiqué
Dans cette histoire, tout débute une nuit du 28 juin 2006. Ce soir-là, Emmanuel Granier, âgé de 32 ans, se réveille en sursaut. Il a très mal à la poitrine et au bras gauche. Avec sa compagne, ils se décident très vite à appeler le Samu de Poitiers. Au bout du fil, l'entretien avec le médecin régulateur se passe "mal", d'après la version d'Hinda Guemache. « Elle n'écoutait pas ce qu'on lui disait. Ça s'est très mal passé. On avait l'impression de l'embêter, qu'elle avait quelque chose contre nous. Elle nous disait qu'on ne fait pas déplacer le Samu pour rien ! Elle n'a pas voulu écouter », raconte ainsi la veuve dans Le Parisien
Mais après plusieurs appels, le Dr Catherine Compain, en poste cette nuit-là, se décide enfin vers 4 h 32 à envoyer une ambulance privée chez ce couple. « C'est à vos frais, nous a-t-elle dit », déplore Hinda.
Au final, le véhicule médicalisé n'arrivera que vers 5 h 15 au domicile d'Hinda et Emmanuel.
Malheureusement, un quart d'heure plus tard, le chauffeur de l'ambulance privée appelle le Samu en urgence. Car Emmanuel convulse et n'a plus de pouls. Une équipe du Smur est alors dépêchée sur la rocade de Poitiers pour tenter de le ranimer. Sans succès. L'homme décède des suites d'un malaise cardiaque. Et selon sa compagne, le médecin régulateur n'a pas posé les bonnes questions. « Il aurait pu être sauvé », insiste-t-elle. C'est justement sur ce point que la justice devra se prononcer.

Une décision incompréhensible pour les urgentistes
Selon l'expertise médicale, la cause du décès réside dans l'hygiène de vie de la victime et sa consommation de tabac. Mais le juge d'instruction relève aussi que le Dr Compain a « commis une faute de négligence caractérisée ». Un « diagnostic insuffisamment étayé » à cause d'un questionnement téléphonique incomplet.
Pour le magistrat, il y a donc un « lien indirect mais certain avec le décès ». Et selon les avocates Me Patricia Coutand et Me Emilie Hay interrogées dans Le Parisien, ce renvoi ne sanctionne pas une banale erreur de diagnostic, « mais un comportement gravement fautif », de la part du médecin régulateur.
Aujourd'hui, après plus de trente années aux urgences du CHU de Poitiers, le Dr Compain a néanmoins quitté son poste à la fin de l'année dernière. « Elle a terminé dans la souffrance une carrière sans tâche, relève son avocate Me Béthune de Moro. Son procès pourrait avoir lieu d'ici à la fin de cette année.
Une décision "incompréhensible" pour ses collègues urgentistes. Interrogé dans La Nouvelle République, Sauveur Meglio, urgentiste au centre hospitalier de Royan depuis 17 ans et membre de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf) confie : « Régulateur, c'est un métier à risques, car il se fait uniquement au téléphone. Ce serait un vrai plus de voir les gens, grâce à une web cam. Mais, faute de ces moyens-là, avec le simple téléphone, la prise de décision est toujours très délicate. La médecine n'est pas une science exacte. Aujourd'hui, on n'accepte plus l'aléa. »

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