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Santé mentale

“Arrêter de penser” : le lâcher-prise est-il un véritable outil thérapeutique ?

Le lâcher-prise thérapeutique, étudié par le Dr Dubois, médecin psychiatre, propose une approche structurée et évaluée dans la prise en charge de l’anxiété et de la dépression.

“Arrêter de penser” : le lâcher-prise est-il un véritable outil thérapeutique ? wutthinanyosmadee/istock




L'ESSENTIEL
  • Le lâcher-prise thérapeutique n’est pas une idée abstraite mais un état mesuré et validé cliniquement : « les patients doivent obtenir un niveau de relâchement, de détente suffisamment important pour qu’ils arrêtent de penser ».
  • Anxiété et dépression fonctionnent en cercles vicieux, et la cure psychiatrique permet de les rompre en mettant à distance le stress du quotidien.
  • Grâce aux soins, les patients accèdent à « un niveau de détente et de relâchement » produisant « un effet de rééquilibrage très spectaculaire sur l’anxiété ».

"Le lâcher-prise thérapeutique correspond au fait que les patients doivent obtenir un niveau de relâchement, de détente suffisamment important pour qu’ils arrêtent de penser", explique le docteur Dubois. Ici, le lâcher-prise n’est ni abstrait ni philosophique. Il est évalué quotidiennement pendant les soins, à l’aide d’une échelle de relâchement allant de 1 à 4.

Pour être considéré comme atteint, cet état doit être observé au moins sept fois sur une période de neuf jours, à un niveau élevé (3 ou 4) : "Quand sur une période de neuf jours, on a été au moins sept fois en niveau 3 ou en niveau 4, on est considéré comme étant en lâcher-prise thérapeutique durant cette phase".

Car la cure que propose ce médecin se déploie en deux temps. Les études menées montrent qu’un tiers des patients parvient à lâcher prise dès la première phase et s’y maintient ensuite. Un autre tiers n’y accède qu’en deuxième partie de cure. Et un dernier tiers n’y parvient pas avant le onzième jour, rappelant que le relâchement psychique ne se décrète pas : il se construit.

Anxiété, dépression : le piège des cercles vicieux

Pourquoi ce lâcher-prise est-il si difficile pour certaines personnes ? Pour le psychiatre, la réponse est claire : anxiété et dépression fonctionnent en cercles vicieux.

"Quand vous êtes angoissé, vous dormez mal, vous ne vous réveillez pas bien, vous avez des pensées parfois douloureuses, vous avez le sentiment de ne pas arriver à vous en sortir. Vous vous découragez, ce qui accentue votre anxiété". Un engrenage quotidien, épuisant, qui nourrit la maladie autant qu’il en est le symptôme.

Pour en sortir, plusieurs leviers existent : médicaments, psychothérapies, ajustements du mode de vie. Mais lorsque ces approches atteignent leurs limites, la cure thermale psychiatrique offre un cadre radicalement différent.

La cure ou comment mettre de la distance pour se retrouver

La cure, pointe le docteur Dubois, agit à plusieurs niveaux : "Elle permet déjà d’avoir ce dialogue. Elle permet de mettre de la distance avec l’amateur de stress. Les gens s’éloignent de leur milieu habituel".

Ce changement d’environnement joue un rôle clé : rupture avec le quotidien, allègement des contraintes matérielles, rencontre avec d’autres personnes confrontées aux mêmes difficultés. "Ils rencontrent des gens comme eux, ce qui les re-sociabilise".

Mais c’est surtout par la balnéothérapie que s’opère un basculement profond. "Les soins permettent d’accéder à ce niveau de détente et de relâchement qui a un effet de rééquilibrage très spectaculaire sur l’anxiété". Un effet aujourd’hui soutenu par de nombreuses études scientifiques.

Des mécanismes connus, des effets démontrés

Si certains mécanismes psychologiques restent difficiles à isoler, leur efficacité est largement reconnue en psychiatrie. À cela s’ajoutent des facteurs concrets : meilleure hygiène de vie, reprise d’une activité physique, structuration des journées, sorties de l’isolement un facteur de risque majeur de dépression.

Les patients bénéficient également de prises en charge en thérapie cognitive et comportementale (TCC) en groupe, pendant trois semaines, renforçant les effets thérapeutiques globaux.

À qui s’adressent ces cures ?

Les indications sont larges, mais ciblées. "D’abord les troubles anxieux et le stress chronique, quand l’anxiété s’installe et ne répond plus suffisamment aux traitements classiques".

Viennent ensuite les burn-out et les épuisements émotionnels, y compris hors cadre professionnel. "Il faut faire attention à la définition du burn-out. Il n’est pas uniquement lié au travail". Aidants, parents soumis à une charge mentale intense, personnes sans activité professionnelle peuvent être tout autant concernés.

Les cures s’adressent aussi aux patients souffrant de psychotraumatisme. "Ce sont des personnes envahies par leurs souvenirs. Elles ont besoin de prendre du large". Les curistes militaires, notamment, trouvent souvent dans ce cadre un équilibre inédit entre repos et apaisement psychique.

Les effets se maintiennent généralement entre quatre et six mois. "Idéalement, une cure intermédiaire à six mois permettrait de consolider les résultats". Notamment chez les patients dont les symptômes réapparaissent.

Et les jeunes, dans tout ça ?

Alors que la santé mentale des jeunes se dégrade, ils restent pourtant sous-représentés. "Nous avons un programme spécifique 15–25 ans, avec davantage de soins, plus de massages, de bains, et deux entretiens psychologiques supplémentaires".

Un programme encore trop peu utilisé. Pourtant, des formats aménagés dix jours ou trois semaines adaptées pourraient répondre aux contraintes de cette génération pressée, connectée, mais profondément en quête de souffle.

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