- Alors que l'isolement, dont fait état 32 % des Français, est lié au fait d'être seul, la solitude, dont souffre 24 % des citoyens, est le sentiment subjectif d'un manque de relations sociales.
- Une étude montre que les employés peuvent se sentir seuls même en travaillant dans un bureau bondé.
- La Fondation de France met en avant l’importance des autres liens de proximité pour les personnes seules et isolées.
Isolement et solitude, ce sont deux mots souvent utilisés comme des synonymes alors qu’ils renvoient à deux expériences très différentes. En effet, l’isolement est lié au fait d'être seul. Dans ce cas, une personne est physiquement coupée des autres et entretient peu de liens dans différentes sphères de la vie sociale (famille, amitiés, relations professionnelles, de voisinage ou associatives). Quant à la solitude, il s’agit d’un ressenti subjectif de manque ou d’insatisfaction dans les relations sociales. "Elle ne coïncide pas nécessairement avec l’isolement : une personne isolée peut ne pas se sentir seule, tandis qu’une personne entourée peut éprouver de la solitude", précise la Fondation de France dans un rapport publié à l’occasion de la journée mondiale des solitudes, ce 23 janvier.
Les employés travaillant dans un bureau bondé ne sont pas épargnés par la solitude
Ce phénomène est mis en avant par une étude parue dans la revue Journal of Management. Dans le cadre de celle-ci, des chercheurs l’université d'État de Portland (États-Unis) se sont intéressés au rôle de la solitude dans le contexte professionnel. Après avoir passé en revue 233 recherches empiriques issues du management, de la psychologie organisationnelle, de la sociologie, de la médecine et d'autres domaines, ces derniers ont constaté que les employés pouvaient se sentir profondément seuls même dans un bureau bondé. Selon les résultats, la solitude peut être, dans un premier temps, passagère, puis devient chronique et nuit au bien-être émotionnel et cognitif. "La qualité de l’emploi compte. Les postes stressants, peu autonomes et où le soutien de la hiérarchie est insuffisant constituent des facteurs de risque majeurs." Les auteurs ont également observé que la solitude pouvait être contagieuse, notamment chez les dirigeants. "Les managers solitaires sont non seulement moins efficaces, mais peuvent aussi nuire au bien-être de leurs employés."
Milieu rural, ville : 1 Français sur 4 se sent seul
Dans son rapport, la Fondation de France montre bien que les deux notions sont différentes : "32 % des Français se trouvent aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et 24 % se sentent seuls." Selon les chiffres, le pays est coupé en deux. En zone rurale, l’isolement relationnel est plus marqué et continue de progresser : 14 % des habitants des communes rurales sont isolés, contre 9 % des habitants de l’agglomération parisienne et des grandes villes. "En trois ans, ce taux est passé de 11 % à 14 %." Dans les grandes agglomérations, c’est le sentiment de solitude qui domine, avec 28 % des résidents des villes de plus de 100.000 habitants se sentent seuls, contre 21 % en milieu rural.
L’étude confirme le lien étroit entre fragilité économique, vulnérabilité physique et isolement relationnel. Pour cause : 16 % des personnes aux revenus modestes sont isolées, soit trois fois plus que chez les personnes disposant de hauts revenus. "Et 20 % des personnes au chômage sont en situation d’isolement relationnel. C’est trois fois plus que les actifs occupés. Le sentiment de solitude touche 45 % des personnes au chômage, contre 25 % des actifs. De plus, 30 % des personnes dont la santé est fragilisée sont isolées."
Pour lutter contre l’isolement et la solitude, la Fondation de France souligne l’importance des associations, des petits commerces de quartier ou des dispositifs de cohabitation intergénérationnelle pour maintenir et créer du lien. En entreprise, "les organisations peuvent apporter leur aide en proposant des formations à la gestion du stress et aux compétences sociales, tandis que les salariés trouvent un soulagement grâce à la pleine conscience et au bénévolat", ont suggéré les chercheurs américains.


