- Les personnes souffrant d'addiction au visionnage compulsif de séries sont plus susceptibles de se sentir seules.
- Une association entre la solitude et les motivations d'évasion et de recherche de satisfaction émotionnelle a été observée.
- Ainsi, les personnes dépendantes au binge-watching pourraient chercher à la fois à éviter les situations négatives et à amplifier les émotions positives.
Regarder plusieurs épisodes d’une série à la suite, souvent sans s’arrêter, parfois pendant des heures, c’est ce que font plusieurs Français. Cette pratique s’appelle le binge-watching. Pour mieux comprendre l'utilisation problématique des médias en distinguant le binge-watching addictif du binge-watching non addictif en lien avec la solitude, un aspect souvent négligé dans les précédentes recherches, des chercheurs de l'université de Huangshan (Chine) ont mené une étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue Plos One.
Binge-watching : cette dépendance est associée à la solitude
Dans le cadre des travaux, l’équipe a interrogé 551 adultes qui regardent très régulièrement la télévision. Les participants ont été interrogés afin d'évaluer leurs comportements addictifs, leur solitude et leurs motivations à regarder des séries de manière compulsive. Parmi les volontaires, 334 répondaient aux critères de l'addiction au binge-watching. Dans le détail, ils ont déclaré visionner des séries pendant au moins 3,5 heures par jour et plus de quatre épisodes par semaine. Les résultats ont révélé que la solitude était positivement liée à l'addiction au binge-watching, mais pas au comportement de binge-watching non problématique.
Les scientifiques ont donc émis l'hypothèse que les personnes dépendantes au binge-watching pourraient avoir des mentalités et des motivations spécifiques, distinctes de celles des participants qui regardent également beaucoup la télévision, mais sans addiction. Par la suite, ils ont identifié à la fois l'évasion et les motivations liées à la satisfaction émotionnelle, comme des facteurs significatifs contribuant à la dépendance au binge-watching, "suggérant un modèle à double voie de régulation émotionnelle." En clair, les adultes souffrant d'une grande solitude, recherchant un épanouissement émotionnel ou utilisant le visionnage compulsif de séries comme mécanisme d'évasion pour pallier l'isolement social, sont plus susceptibles de développer une addiction au binge-watching.
"L'évasion et la satisfaction émotionnelle", deux voies de régulation émotionnelle
"Cette recherche apporte trois contributions majeures à ce domaine : premièrement, elle distingue empiriquement le visionnage compulsif problématique du visionnage compulsif non problématique. Deuxièmement, elle démontre que la solitude est un facteur prédictif significatif de la dépendance au visionnage compulsif, mais pas du visionnage non problématique, et troisièmement, elle identifie l'évasion et la satisfaction émotionnelle comme deux voies de régulation émotionnelle qui interviennent dans ce lien, élargissant ainsi les cadres existants à motif unique", ont écrit les auteurs.
Selon eux, la dépendance au binge-watching peut ainsi être un moyen de régulation émotionnelle pour faire face à la solitude, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces données.


