- La misophonie est une intolérance à certains sons du quotidien comme les bruits de mastication.
- Aux Etats-Unis, la chercheuse Heather Hansen dirige des études pour en comprendre les causes neurologiques.
- Selon le site handicap.fr, environ 15 % des Français souffriraient de misophonie.
Manger bruyamment, taper sur un clavier, se râcler la gorge, renifler ou même respirer trop fort : ces sons, anodins pour la plupart des gens, peuvent être un véritable calvaire à entendre pour d'autres, au point de générer colère et anxiété. Ce trouble sensoriel porte un nom encore peu connu : la misophonie.
Une incapacité à faire abstraction de bruits de fond
La misophonie se traduit donc par cette intolérance extrême à certains sons courants, comme les bruits de mastication ou des couverts sur une assiette. Heather Hansen, professeure en sciences de la psychologie au Collège de William et Mary, aux Etats-Unis, en souffre elle-même. Dans une interview publiée sur le journal de l’université, elle la définit comme "une incapacité à faire abstraction de bruits de fond que la plupart des gens peuvent ignorer ou auxquels ils s'habituent". Ce désagrément peut devenir handicapant, et aller jusqu’à provoquer chez certains le besoin impérieux de fuir une conversation, de sortir d’une pièce ou même d’éviter certains lieux publics.
Bien que le terme ait été inventé en 2001, la recherche scientifique sur la misophonie est encore récente. Il a fallu attendre 2022 pour qu’une définition officielle soit adoptée par des experts. Ses conséquences sur la vie quotidienne sont pourtant bien réelles : certains patients changent de travail ou restent cloitrés chez eux. Heather Hansen insiste : "Ce n'est pas juste une question de mauvaise humeur face à un bruit gênant. C’est parfois si grave que certains ne peuvent plus travailler dans un bureau ou partager un repas."
Un trouble plus répandu qu'on ne le pense
D'après la spécialiste, il apparaît crucial d'accorder de la légitimité à la misophonie, un trouble dont souffriraient environ 15 % des Français, selon le site Handicap.fr. "Car ce n'est pas une question de volonté ou de caprice. Il y a des différences cérébrales que nous pouvons désormais observer." Dans son laboratoire, Heather Hansen explore actuellement les racines neurologiques de la misophonie en analysant des bases de données d’imagerie cérébrale, afin de mieux comprendre l’activité des cerveaux hypersensibles aux sons.
Dans la même optique, des chercheurs ont récemment démontré que la connexion entre la zone du cerveau qui traite les sons et la zone du cortex prémoteur, qui organise les mouvements des muscles de la bouche et de la gorge, serait plus forte chez les individus souffrant de misophonie. Cela pourrait expliquer la violence de certaines réactions face aux bruits générés par autrui. Une autre étude datant de 2025 avait conclu que les personnes "misophones" ont moins de flexibilité cognitive et émotionnelle que les autres. Elles ont également tendance à être davantage sujets aux ruminations, en particulier les pensées persistantes et la colère. Ces dernières découvertes scientifiques confirment que la misophonie n'est pas qu'un inconfort psychologique, mais un trouble neurologique identifiable.



