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Pourquoi sommes-nous plus malades l’hiver ?

Avoir froid ne rend pas malade. Pourtant, c’est bien en hiver que l’on compte le plus d’infections et d’épidémies. Une experte en microbiologie médicale explique pourquoi les maladies sont plus fréquentes à cette saison.

Pourquoi sommes-nous plus malades l’hiver ? fizkes/istock




L'ESSENTIEL
  • L'exposition au froid ne rend pas directement malade.
  • La hausse des infections observée en hiver est liée à une combinaison de facteurs biologiques, environnementaux et sociaux qui rendent les gens plus vulnérables.
  • L'air sec et le froid affaiblissent le système immunitaire tandis qu'ils permettent aux virus de survivre plus longtemps.

"Mets ton manteau sinon tu vas tomber malade"… nous avons tous entendu cette phrase enfant, et répété au moins une fois à notre tour à l’âge adulte. Cependant, avoir froid ne conduit pas à avoir un rhume ou à attraper la grippe, assurent les scientifiques.

"Cette croyance semble plausible à beaucoup, car les maladies surviennent souvent après une exposition au froid. Cependant, les recherches modernes montrent que le lien entre le froid et la maladie est plus complexe que l'idée que le froid provoque directement les maladies", explique Manal Mohammed, maître de conférences en microbiologie médicale de l’université de Westminster dans un article de la revue scientifique The conversation qui démystifie cette idée reçue.

Si le froid ne provoque pas d’infections, pourquoi une augmentation des maladies respiratoires est observée chaque hiver ? L’experte a plusieurs explications.

L’exposition au froid affaiblit le système immunitaire

Le froid ne rend pas malade directement, mais il agit sur plusieurs facteurs biologiques qui peuvent rendre la population plus vulnérable aux virus. En premier lieu, les températures basses et l’air sec de l’hiver sont des conditions qui permettent aux agents pathogènes responsables des maladies respiratoires de survivre et d'être infectieux plus longtemps. "L'air sec provoque également une évaporation rapide des fines gouttelettes émises lors de la respiration, de la parole, de la toux ou des éternuements. Il en résulte des particules plus petites qui restent plus longtemps en suspension dans l'air, augmentant ainsi le risque d'inhalation. Par conséquent, l'air froid et sec favorise la persistance des virus dans l'environnement et accroît leurs chances d'atteindre le système respiratoire d'une autre personne", écrit l’experte dans son article.

Si le froid est plutôt bénéfique pour le virus, il n’en est pas de même avec l’organisme. L’inhalation d’air froid favorise la vasoconstriction des vaisseaux sanguins. Or, la réduction du flux sanguin au niveau de la muqueuse nasale et des voies respiratoires peut affaiblir le système immunitaire. Ce qui booste la propagation des virus. Autre élément qui joue en faveur des coronavirus, des VRS ou encore d’influenza : l'exposition au froid et le stress qui en découle sont susceptibles de perturber le fonctionnement normal des voies respiratoires, surtout chez les personnes ayant déjà les bronches fragiles.
"Ensemble, ces effets peuvent affaiblir les premières lignes de défense de l'organisme, au niveau du nez et de la gorge. L'air froid ne crée pas de virus, mais il peut faciliter leur implantation après une exposition", ajoute Manal Mohammed.

Froid et maladie de l’hiver : attention aux pièces bondées et mal-ventilées

La hausse des malades pendant l’hiver n’est pas uniquement liée à des causes physiologiques. L’environnement et les comportements saisonniers ont aussi un rôle. En effet, le froid incite à privilégier les activités à l’intérieur. Or, "les espaces confinés et mal ventilés favorisent l'accumulation de gouttelettes contenant le virus dans l'air, augmentant ainsi le risque de transmission interhumaine", rappelle la scientifique.

De plus, le chauffage des logements et des locaux assèche l’air. Ce dernier peut à son tour assécher les muqueuses nasale et pharyngée. Ce qui réduit les capacités protectrices du mucus. "Normalement, le mucus piège les virus et contribue à leur élimination des voies respiratoires, un processus appelé clairance mucociliaire. Lorsque ce système est altéré, les virus infectent plus facilement les cellules".

Entre un temps d'ensoleillement moindre et des activités majoritairement in-door, la production de vitamine D est réduite. Cependant, un faible taux de cette substance est associé à un affaiblissement du système immunitaire.

"En bref, le temps froid et la maladie sont liés, mais pas de la manière dont beaucoup de gens le supposent. Les températures froides ne provoquent pas d'infections par elles-mêmes. Au lieu de cela, ils façonnent les conditions biologiques, environnementales et sociales qui permettent aux virus respiratoires de prospérer", explique la scientifique. "Comprendre cette distinction a une valeur pratique. Améliorer la ventilation intérieure et maintenir un taux d'humidité adéquat en hiver peut réduire le risque de transmission. Renforcer son système immunitaire, notamment en maintenant un taux suffisant de vitamine D, peut également être utile", conclut-elle.

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