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La parentalité «immunise» les adultes contre le dégoût

Couches sales, vomissements, morve… Après l’exposition répétée et prolongée aux sécrétions corporelles, les parents font preuve d'une plus grande tolérance face aux scènes peu ragoûtantes.

La parentalité \ PeopleImages/iStock




L'ESSENTIEL
  • Les parents de jeunes enfants sont exposés quotidiennement aux sécrétions corporelles.
  • Leur réaction de dégoût semble nettement réduite après la diversification alimentaire, suggérant qu'une exposition prolongée et inévitable avait entraîné une désensibilisation.
  • L’adaptation est durable et dépasse le cadre de la parentalité.

Le dégoût, qui se manifeste par des nausées ou un éloignement, aide les êtres humains à éviter les substances potentiellement pathogènes, telles que les sécrétions corporelles. Cette sensation d'écœurement réduit les risques de maladie et est difficile à surmonter par des stratégies cognitives ou par une habitude à court terme, à savoir de quelques minutes à quelques heures. "L'existence d'une habitude à long terme (de plusieurs mois à plusieurs années) reste une question ouverte. Bien qu'une exposition professionnelle régulière à aux sécrétions corporelles provoquant le dégoût soit associée à une sensibilité et à un évitement moindres de ce phénomène, cela pourrait refléter un biais de sélection et de survie", selon des chercheurs de l’université de Bristol (Angleterre). Ces derniers soulignent que cette expérience est observée dans le cadre de la parentalité. "Elle augmente considérablement l'exposition aux sécrétions corporelles, mais le dégoût n'incite généralement pas les individus à devenir ou à cesser d'être parents."

Moins de dégoût après que leur bébé ait commencé à manger des aliments solides

Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue Scandinavian Journal of Psychology, l’équipe a ainsi voulu comprendre comment le cerveau s’adapte dans ces deux situations. Pour cela, elle a recruté 99 parents et 50 personnes sans enfant. Les participants ont répondu à un questionnaire. Leur comportement, notamment le fait de détourner le regard, face à des stimuli liés à l'enfant, tels que des images de couches souillées, a été examiné.

Le groupe témoin, c’est-à-dire n’ayant pas d’enfant, a adopté, comme prévu, un comportement d’évitement en voyant les selles. En revanche, les parents ont présenté un comportement radicalement différent, mais seulement après que leurs enfants aient commencé la diversification alimentaire. Ceux dont les enfants étaient en cours de sevrage ou sevrés n'ont pratiquement manifesté aucun évitement face aux stimuli représentant des sécrétions corporelles, qu'elles soient liées à l'enfant ou plus générales. Ces résultats suggèrent que les parents se sont habitués au dégoût induit par les selles dans les couches et que cette habitude s'est généralisée à d'autres sécrétions corporelles.

Une désensibilisation au dégoût se produit à long terme

"Contrairement à nos attentes, les parents dont les plus jeunes enfants étaient encore exclusivement nourris au lait maternel ont présenté des niveaux d'évitement du dégoût similaires à ceux des personnes sans enfant, même s'ils avaient des enfants plus âgés", ont déclaré les auteurs. Cela pourrait indiquer que le dégoût pourrait rester exacerbé durant la petite enfance, période où les nourrissons sont particulièrement vulnérables aux maladies.

Les scientifiques pensent que ce phénomène pourrait refléter une réponse adaptative d'ordre évolutif. En effet, après la période sensible de l'allaitement, l'exposition continue aux sécrétions corporelles de leurs enfants "immunise" les parents contre le dégoût, modifiant ainsi une réaction émotionnelle profondément ancrée et difficile à changer autrement.

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