- La dépression ne détruit pas la mémoire, mais perturbe fortement l’attention, le sommeil et la capacité à accéder aux souvenirs.
- Les troubles de la mémoire liés à la dépression sont réversibles et se distinguent des maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
- Avec un accompagnement adapté et la guérison de la dépression, les fonctions cognitives, dont la mémoire, peuvent retrouver un fonctionnement normal.
Beaucoup de personnes dépressives redoutent une perte de mémoire. Et si la dépression n’était pas une maladie de la mémoire à proprement parler, elle en perturbe profondément le fonctionnement.
"J’oublie tout", "je n’arrive plus à réfléchir", "ma mémoire me lâche" : ces plaintes sont fréquentes chez les personnes souffrant de dépression. Elles inquiètent, parfois au point de craindre une maladie neurologique grave. Pourtant, la dépression ne détruit pas la mémoire. Elle la met à rude épreuve.
Comme le rappelle Francis Eustache, neuropsychologue et président du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, la dépression agit avant tout sur les conditions nécessaires au bon fonctionnement de la mémoire : l’attention, le sommeil et la disponibilité mentale. Or, sans attention ni repos, impossible d’encoder correctement les souvenirs.
Une maladie aux visages multiples
La dépression ne se résume pas à une grande tristesse. Elle peut toucher tous les âges, se manifester par un épisode unique ou revenir de façon répétée au cours de la vie. Fatigue intense, perte d’intérêt pour les activités habituellement plaisantes, difficultés à se lever, manque de confiance en soi, culpabilité excessive… La liste des symptômes est longue, et parfois silencieuse. Dans les formes les plus sévères, des idées suicidaires peuvent apparaître.
À ces signes s’ajoutent très souvent des troubles cognitifs. "La concentration est altérée, les pensées négatives envahissent l’esprit et prennent toute la place", explique Catherine Thomas-Antérion, neurologue et docteure en neuropsychologie. Résultat : l’information est mal traitée, les souvenirs se forment moins bien et deviennent plus difficiles à retrouver.
Une mémoire ralentie, pas effacée
Contrairement à la maladie d’Alzheimer, la dépression n’entraîne pas une destruction progressive des souvenirs. La mémoire est là, mais l’accès est compliqué. Un détail, un indice contextuel, une aide extérieure peuvent souvent faire ressurgir une information que l’on croyait perdue.
Le problème vient aussi du contenu même de la mémoire. En période dépressive, les souvenirs négatifs sont plus facilement rappelés, tandis que les souvenirs positifs semblent s’éloigner. Le temps paraît figé, l’avenir bouché, et le passé dominé par des expériences teintées de tristesse. Ce déséquilibre peut enfermer la personne dans un cercle vicieux : plus on se souvient mal, plus on doute de soi, et plus la dépression s’installe.
Ce que montre le cerveau
Les neurosciences confirment ces observations cliniques. L'imagerie cérébrale met en évidence des modifications du fonctionnement de certaines régions clés, notamment les lobes frontaux et l’hippocampe, impliqués dans la mémoire, l’attention et la régulation des émotions.
Ces changements sont métaboliques, non structurels : il n’y a pas de lésions visibles dans le cerveau. C’est pourquoi ces examens ne servent pas à suivre l’évolution d’un patient dépressif. En revanche, ils montrent que la mémoire dépend étroitement de l’état émotionnel et psychique.
Bonne nouvelle : lorsque la dépression recule, le cerveau retrouve généralement son équilibre. Le sommeil s’améliore, l’appétit revient, l’attention se renforce… et la mémoire aussi. Certains souvenirs de la période dépressive peuvent rester marqués par une tonalité triste, mais les capacités globales se rétablissent.
Retrouver confiance dans sa mémoire
Non, la dépression n’est pas une fatalité cognitive. Oui, la mémoire peut aller mieux, avec un accompagnement adapté, qu’il soit médical, psychologique ou social.
À l’approche du Blue Monday, souvent présenté comme le jour le plus déprimant de l’année, ce message mérite d’être rappelé : une mémoire défaillante peut être le symptôme d’une souffrance psychique, et non d’un déclin irréversible. Et surtout, la guérison est possible. La mémoire, comme l’élan vital, peut retrouver sa vigueur.


