- Des chercheurs de l’université de Copenhague, au Danemark, dénoncent les difficultés qu’ils ont eu à trouver des financements pour réaliser une étude sur les déchirures périnéales.
- Leurs travaux ont finalement été pris en charge par leur hôpital.
- D’après les résultats de leur étude, un traitement antibiotique réduit les complications de 17 % à 9 %.
En France, en 2021, 8,3% des accouchements par voie basse impliquaient une épisiotomie, contre 25,8 % en 2010, selon les Enquêtes Nationales Périnatales (ENP), relayées par une récente étude. Cet acte chirurgical consiste à inciser le périnée pour faciliter la sortie du bébé lors de l'accouchement. Sa fréquence diminue en France, mais il reste assez fréquent.
“Aucun organisme de financement n'a accepté de soutenir l'étude”
De plus, la déchirure périnéale peut aussi être naturellement faite par le bébé, si l’ouverture n’est pas suffisamment grande pour le laisser sortir. Mais qu’elle soit naturelle ou chirurgicale, c’est souvent une épreuve pour nombre de femmes. Certaines guérissent bien - en fonction du degré de la déchirure, allant du grade 1 à 4 -, mais d’autres ont des lésions pendant longtemps.
Des chercheurs de l’université de Copenhague, au Danemark, ont voulu un essai clinique sur les déchirures périnéales. “Malgré la fréquence et l'impact négatif des complications de la plaie périnéale, aucun organisme de financement n'a accepté de soutenir l'étude, écrivent-ils dans un communiqué. Elle a donc été (...) financé uniquement par notre service et notre hôpital. L'essai a été conçu pour être de petite envergure, rapide et pragmatique, car c'était tout ce que nous pouvions nous permettre.”
Les difficultés auxquelles ils ont été confrontés semblent révéler un problème plus important. “Nous ignorons le taux réel de complications de cicatrisation après une réparation périnéale, dénoncent-ils. Dans toute autre spécialité chirurgicale, une intervention dont le taux de complications est inconnu serait impensable. En obstétrique, elle est tolérée principalement parce que la santé des femmes reste chroniquement sous-étudiée. Le financement des recherches sur les pathologies qui touchent principalement les femmes est insuffisant, et les lacunes dans les connaissances semblent refléter des facteurs structurels de longue date plutôt qu'une complexité scientifique intrinsèque.”
Le risque de complication réduit de 17 à 9 %
Malgré les difficultés, les chercheurs ont réussi à recruter 442 femmes. Les participantes avaient plus de 18 ans et avaient subi une épisiotomie ou une déchirure du deuxième degré après un accouchement par voie basse dans l’hôpital de Copenhague, entre mars et décembre 2023. L’objectif de l’étude était de tester l’efficacité des antibiotiques pour réduire les complications liées à une déchirure périnéale. Pour cela, certaines ont reçu trois doses d'amoxicilline (500 mg) avec acide clavulanique (125 mg) alors que d’autres ont eu un placebo. Le traitement commençait six heures après l’accouchement et devait être réitéré toutes les huit heures.
Leurs résultats ont été publiés dans la revue The BMJ. D’après les scientifiques, les antibiotiques ont significativement réduit le risque de complications des déchirures, passant de 17 % à 9 % chez les participants. De plus, aucun effet grave n’a été observé.
“Grâce à un simple traitement antibiotique oral en trois doses, nous avons amélioré les résultats pour une affection fréquente chez les femmes après l'accouchement”, se félicitent les auteurs, qui appellent à ce que ces médicaments soient plus couramment utilisés après une déchirure du deuxième degré ou une épisiotomie.


