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Dans la maladie de Sanfilippo

Téléthon : des progrès décisifs dans la thérapie génique

Par Melanie Gomez

L’Institut Pasteur vient de débuter un essai de thérapie génique visant à guérir les enfants atteints par la maladie de Sanfilippo. Près de 7 millions d’euros ont été engagés par l’AFM-Téléthon. 

DURAND FLORENCE/SIPA

"Ce qu’on veut, c’est les guérir", martèle le Pr Marc Tardieu. En octobre dernier, ce neuropédiatre de l’hôpital Bicêtre a administré plusieurs injections intracérébrales au premier malade inclus dans cet essai. Ce petit garçon de 2 ans et demi atteint par la maladie de Sanfilippo, est le premier malade sélectionné pour recevoir ce traitement expérimental de thérapie génique. Trois autres enfants seront également traités, notamment un jeune malade grec d’environ 3 ans devrait être traité après les fêtes de fin d’année.


La maladie de Sanfilippo est une pathologie génétique rare touchant environ un enfant sur 100 000. Vers l’âge de 3 ans, les premiers symptômes de la maladie apparaissent notamment sous la forme d’une hyperactivité, de troubles autistiques et du langage. Puis une dégénérescence nerveuse se met en place, avec une perte progressive de l’audition, de l’autonomie et de la marche. Les enfants victimes de cette maladie décèdent généralement avant l’âge de 20 ans.

 

Ecoutez le Pr Marc Tardieu, neuropédiatre à l’hôpital Bicêtre : « C’est une maladie complexe, à cause d’une mutation génétique, il manque un enzyme du lysosome et dans le cerveau cela empêche les cellules de se développer et elles finissent par mourir. »

 

Après plus de 10 ans de recherche, l’objectif de ces chercheurs est désormais de parvenir à guérir ces patients en apportant l’enzyme manquante directement dans leurs neurones. L’essai clinique qui vient d’être lancé par l’Institut Pasteur en partenariat avec l’AFM-Téléthon et l’association Vaincre les maladies lysosomales repose donc sur la mise au point d’un vecteur viral capable de délivrer aux cellules du cerveau l’un des 4 gènes pouvant être mutés chez les malades, correspondant à 4 enzymes essentielles du lysosome. Le lysosome étant un rouage de la machinerie interne des cellules. Par conséquent, l’hypothèse de ces scientifiques est qu’en apportant le gène manquant, les cellules devraient l’associer à leur ADN et se mettre ainsi à produire l’enzyme absente.

 

Ecoutez le Pr Marc Tardieu : « Après l’injection cérébrale, le vecteur va produire sur place l’enzyme, les neurones devraient la capter et l’amener partout dans le cerveau. Chez l’animal, cela a été le cas. On voudrait faire pareil chez les enfants. »

 

Avant l’été 2014, les 4 enfants auront reçu ce traitement de thérapie génique. « Nous avons eu l’autorisation pour 4 malades, pour voir si c’est tolérable, pour voir si c’est possible et pour commencer à voir si c’est efficace, précise le Pr Tardieu. Si un enfant avec cette maladie a eu ce traitement à 3 ans, et est capable d’aller en CP à 6 ans et d’apprendre à lire et à écrire, on saura que ça a été efficace ».

Mais les médecins vont tenter d’évaluer l’efficacité du traitement avant que ces patients entrent potentiellement à l’école primaire. Des tests neuropsychologiques par exemple devraient permettre d’évaluer des améliorations éventuelles. Mais d’ores et déjà, les bons résultats obtenus chez l’animal suscitent de grands espoirs pour ces enfants. D’une part, chez les chiens ayant suivi ce protocole expérimental, 6 à 9 mois plus tard, il n’y a plus de lésions cérébrales visibles. D’autre part, chez la souris, les chercheurs ont également pu constater des améliorations des anomalies comportementales. Par ailleurs, en cas de succès, cet essai pourrait conduire à la mise au point d’autres traitements, notamment pour certaines maladies neurodégénératives.

 

Ecoutez le Pr Marc Tardieu : « Déjà, les 4 type de San Filippo sont potentiellement traitables, mais cela pourrait servir aussi pour toute les maladies du lysosome. »

 

L’AFM-Téléthon a engagé depuis 2003 près de 7 millions d’euros pour les travaux pré-cliniques et cliniques de cet essai. Les premiers résultats concernant cet essai devrait être disponibles un an après que le dernier enfant ait reçu son traitement, c’est à dire vers septembre 2015.