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Dans 10 ans

Contraception masculine : comment la pilule va agir

Par Audrey Vaugrente

La pilule pour hommes pourrait voir le jour dans dix ans. Des chercheurs australiens ont réussi à rendre des souris stériles, sans affecter leur santé sexuelle.

OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

La recherche sur la pilule contraceptive masculine avance. Des chercheurs de la Monash University (Australie) sont parvenus à bloquer l’éjaculation de sperme pendant l’acte sexuel chez des souris. Les résultats sont parus ce 3 décembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

 

Une stérilité réversible

Le sperme est habituellement expulsé des testicules juste avant l’éjaculation. Les chercheurs ont modifié les gènes de souris de façon à les rendre stériles : ils ont bloqué l’expression de deux protéines présentes dans les muscles qui contrôlent l’expulsion du sperme. Ainsi, lors d’un acte sexuel, le sperme ne se mêlait pas à l’éjaculat. Une technique qui agit sur la fertilité, « mais sans affecter la viabilité sur le long terme du sperme, ou la santé générale et sexuelle des mâles. Le sperme est toujours là, mais le muscle ne reçoit pas de message chimique, » résume le Dr Sabatino Ventura, chercheur à la Monash University.

 

Le sperme reste donc « stocké » lorsque les rats éjaculent : c’est une infertilité totale. Mais, selon l’équipe de recherche, le processus peut être inversé facilement et la qualité du sperme n’est pas affectée. En revanche, les protéines ciblées contrôlent également des vaisseaux sanguins. Il existe donc un risque que la technique utilisée affecte la pression sanguine et le rythme cardiaque. Les chercheurs se montrent toutefois confiants : ils n’ont observé qu’une « très faible » chute de la pression sanguine chez les souris concernées.

 

Un médicament dans 10 ans

« Nous devons encore montrer que nous pouvons le faire avec la pharmacologie, probablement avec deux médicaments, » anticipe le Dr Ventura. La tâche se complique à cette étape. Actuellement, des contraceptifs masculins existent, mais ils affectent l’appétit sexuel et ont un impact négatif sur la production de sperme. « Les stratégies précédentes se sont concentrées sur des cibles hormonales ou des mécanismes qui entraînent un sperme dysfonctionnel, incapable de féconder. Mais elles interfèrent souvent avec l’activité sexuelle masculine et causent des dommages irréversibles sur la fertilité, » précise le Dr Ventura.

 

L’équipe souhaite donc développer deux médicaments : l’un pour « stocker » le sperme, le second pour le remettre en mouvement. Les chercheurs considèrent que le premier existe déjà depuis des décennies. Il s’agit d’un médicament utilisé pour soigner des patients dont la prostate s’élargit de façon bénigne. Ils doivent encore développer le second, ce qui devrait prendre une dizaine d’années.