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QUESTION D'ACTU

Alcool, drogues

Les addictions entre prévention et répression

Après une phase expérimentale, la prescription de méthadone par les médecins de ville devrait être autorisée dans le cadre d'une politique de réduction des risques.


  • Publié 27.06.2008 à 00h00
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Obscurantisme, retour en arrière, priorité à la répression… Les noms d'oiseaux pleuvent à propos du futur plan de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et les addictions. Avant même sa parution prévue à la fin du mois de juin, des addictologues de renom, comme le Dr William Lowenstein, ont interpellé la Mildt. « Sur les 150 mesures prévues, la moitié concerneront la gendarmerie », s'insurge le Dr Lowenstein, président du groupe de travail sur les traitements de substitution au sein de la Commission nationale addictions. Le gouvernement va-t-il opérer un revirement dans sa politique de lutte contre les addictions, et mettre le cap sur la répression ?


Les craintes des addictologues tiennent tout d'abord au profil du président de la Mildt. Etienne Apaire a été conseiller judiciaire de Nicolas Sarkozy. Certaines de ses déclarations ont aussi mis le feu aux poudres. En janvier dernier, Etienne Apaire a fait passer une circulaire aux chefs de projet contre la drogue, dans laquelle il « souhaite que la réduction des risques se limite aux drogues injectables. La pratique du testing lors des rassemblements festifs dans vos départements ne doit pas être autorisée. Il vous appartient d'expliquer à vos interlocuteurs que les pouvoirs publics n'ont pas à en faciliter l'usage. »


Un plan tenu secret


En outre, en 2007, des associations ayant pignon sur rue en matière de réduction des risques se sont vu supprimer leurs subventions. Autre motif de grogne : « C'est le black out total sur ce plan, » regrette Patrick Elineau, président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa). « Nous avons formulé des propositions mais nous n'avons eu aucun retour », ajoute le Pr Michel Reynaud, président de la Fédération française d'addictologie.

Des initiatives qualifiées unanimement de « courageuses », prises par la ministre de la Santé viennent cependant de mettre de l'huile dans les rouages. Exemple, la prochaine interdiction de vente d'alcool aux mineurs ou encore la suppression des points de vente dans les stations service.
Les six mesures en faveur de la réduction des risques présentées par Roselyne Bachelot le 23 juin ont également été bien accueillies. Le ministre a notamment annoncé le lancement de l'étude Méthaville, permettant d'expérimenter la prescription de la méthadone en ville. « Nous l'attendions tout simplement depuis dix ans, commente le Dr Luc de Massé, généraliste à Paris. L'évaluation du traitement de l'hépatite C va aussi dans le bon sens car l'hospitalisation représente un vrai obstacle pour ces patients ». A cette occasion, la ministre de la Santé ne s'est pas privée de dire que cette politique de réduction des risques lui « tenait particulièrement à coeur ».


Priorité à la prévention des conduites addictives


Le refus de Roselyne Bachelot d'une politique purement répressive sera-t-il suffisant ? Sûrement pas mais d'autres indices laissent penser que le plan devrait être plus équilibré que ne le craignent certains. Etienne Apaire, lui-même, a donné des gages. Lors des journées de l'Albatros, organisées par le Centre d'enseignement, de recherche et de traitement des addictions de l'hôpital Paul Brousse début juin, le président de la Mildt a révélé que son futur plan « comporterait une part plus importante que dans le passé sur la recherche et sur la formation ». Par ailleurs, le message des associations semble avoir été entendue puisque Etienne Apaire affirme vouloir porter le fer sur la prévention. « Dans le plan 2008-2012, nous nous efforçons d'éviter la consommation de drogues.

Le développement du dispositif de soins doit bien sûr se poursuivre mais l'urgence n'est pas là, » indique-t-il. C'est pourquoi il brandit régulièrement les stages de sensibilisation pour consommateurs de cannabis comme un gage de sa volonté de privilégier la prévention. L'association nationale de prévention en alcoologie et addictologie a d'ailleurs décidé de jouer le jeu de ces stages en mettant ses formateurs à disposition. « Le problème, c'est que ces stages sont une alternative aux poursuites. Ils ont donc des relents répressifs, estime Patrick Elineau, président de l'Anpaa. Mais, nous verrons leur efficacité à terme. » Autre bonne nouvelle : l'alcool reste au programme du futur plan, alors qu' il avait été question un temps de le sortir du champ de la Mildt.

Le tableau n'est donc pas si noir. En revanche, reste à savoir si les moyens seront à la hauteur des ambitions. Là, tous les doutes sont permis. « Lors de la généralisation sur l'ensemble du territoire du repérage précoce-intervention brève en alcool, la circulaire prévoyait de former 75% des généralistes, se souvient le Dr Philippe Castera, coordinateur du réseau Agir à Bordeaux . Or, au nord de la Gironde qui était un département pilote, nous n'avons pour le moment formé que 300 médecins sur 800 en cinq ans. L'alcool n'est toujours pas un sujet très porteur ».

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