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Degré de conscience

Un outil pour mieux évaluer les patients qui sortent du coma

Par la rédaction

Pour mieux apprécier les degrés de conscience d'un malade qui sort du coma, des chercheurs français ont mis au point un dispositif qui mesure les échanges d'informations entre les différentes régions du cerveau.

Yves Logghe/AP/SIPA

Chaque année, des milliers de personnes tombent dans un état de coma pouvant évoluer vers un état végétatif ou vers un état qualifié de conscience minimale. La distinction entre ces états cliniques est essentielle à établir d’un point de vue médical et éthique car elle guide la prise en charge thérapeutique. Pourtant, cette évaluation du niveau de conscience demeure souvent extrêmement difficile à déterminer avec certitude. En effet, une personne qui sort du coma peut passer par un état végétatif : ses yeux sont ouverts, mais elle ne montre pas de signes de conscience. Ensuite, elle peut évoluer vers un état de conscience minimale. Elle peut par exemple suivre un objet des yeux ou répondre à un stimulus, sans qu’on puisse établir une communication fonctionnelle avec elle.


Des erreurs avec les outils actuels 

Il existe déjà des échelles d’évaluation cliniques qui aident les médecins à distinguer ces différents stades, mais elles reposent sur des observations comportementales et les erreurs de diagnostic ne sont malheureusement pas rares. C’est pourquoi, depuis quelques années, les chercheurs tentent d’améliorer cette évaluation clinique en la complétant par l’analyse de l’activité cérébrale. Des chercheurs du centre de neuro-imagerie Neurospin (Inserm/CEA, Gif sur Yvette), en collaboration avec des cliniciens chercheurs de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (CHU La Pitié Salpétrière à Paris), ont ainsi mis au point un dispositif de mesure du partage d’informations dans le cerveau appelé wSMI (weighted Symbolic Mutual Information). Il permet d’enregistrer l’activité cérébrale des malades à l’aide d’un électroencéphalogramme et de mesurer l’échange d’informations entre différentes aires cérébrales.


« Nous savions déjà, grâce à de précédents travaux, que la perception consciente s’accompagne d’une activation cohérente et soutenue entre des régions distantes du cerveau. Les exemples de perception inconsciente sont quant à eux associés à des activations cérébrales plus localisées et plus évanescentes. Nous avons donc voulu savoir si l’échange d’informations dans le cerveau pouvait être un marqueur de l’état de conscience chez des patients sortant du coma », ont expliqué Jean-Rémi King et Jacobo Sitt, coauteurs des travaux.


Distinguer les patients conscients des patients végétatifs
La méthode a été testée chez plus de cent personnes soumises à un stimulus sonore : des sujets sains, des patients totalement conscients mais présentant des séquelles neurologiques ou cognitives, ainsi que des patients en état végétatif ou minimalement conscients.

D’après l’étude publiée dans Current Biology, la mesure de la wSMI augmente systématiquement en fonction de l’état de conscience du patient. « Elle permet de distinguer nettement les patients conscients ou minimalement conscients des patients végétatifs », estime Jean-Rémi King. L’équipe travaille maintenant avec d’autres centres internationaux, pour corroborer ces résultats et étudier la reproductibilité de la mesure en fonction des pratiques. Tous espèrent qu’à terme, la wSMI deviendra un outil clinique utilisable en routine.