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Psychologie

Pourquoi écoutons-nous surtout ce que nous avons envie d’entendre ?

Par Mégane Fleury

Nous avons tendance à écouter les personnes qui nous disent des choses que nous aimerions croire. À l’inverse, nous ignorons celles qui nous parlent de ce que nous souhaitons être faux. 

oatawa/istock
MOTS-CLÉS :
Les croyances motivées sont des croyances liées à un objectif ou à une situation personnelle, plus important que l’exactitude.
Par exemple, un fumeur ne souhaite pas en apprendre davantage sur les risques de cancer, mais préfère penser aux bienfaits qu’il associe à la cigarette.
Lorsque des personnes ayant le même avis échangent, elles peuvent ainsi renforcer les biais auxquels elles croient.

Il serait préférable de former nos opinions sur des faits objectifs et des vérités incontestables. Pour des chercheurs de l’université de Californie, cette idée est vaine : nous avons tendance à nous intéresser uniquement à ce avec quoi nous sommes d’accord. Ils en publient les preuves dans une étude parue dans Journal of the European Economic Association. Ce phénomène s’appelle les "croyances motivées" et peut avoir des conséquences importantes. 

Un souhait commun : être dans le groupe du QI élevé 

Dans cette étude, les chercheurs ont eu recours à des expériences de laboratoire pour étudier l’évolution des biais. Ils ont cherché à comprendre s’ils s’aggravaient lorsque les gens échangeaient entre eux. Les participants à cette recherche ont été constitué en paire, selon leur niveau de QI. Ainsi, les personnes ayant des scores supérieures à la médiane étaient ensemble, et celles avec des scores inférieurs formaient d’autres duos. Les scientifiques ont ensuite lancé une conversation entre eux sur un sujet que tous et toutes souhaitaient être vrai : leur appartenance au groupe de QI élevé. 

Des biais renforcés par les échanges 

Les conclusions de cette expérience montrent que les personnes pessimistes, dans le groupe à QI élevé, ont tendance à devenir nettement plus optimistes lorsqu'elles sont associées à une personne qui l’est davantage qu’eux. En revanche, une personne optimiste ne change pas ses croyances si elle échange avec quelqu’un de pessimiste. Selon les chercheurs, cet effet est renforcé dans le groupe au faible QI. Les résultats suggèrent que l'amplification des biais est liée au fait que les gens attribuent une valeur informationnelle plus élevée aux signaux sociaux qui renforcent leur motivation préexistante à croire. Lorsque les chercheurs ont donné aux participants des informations non-biaisées sur leur groupe d’appartenance, cela a permis d’éliminer les biais créés par les échanges. Fournir des sources d'information fiables pourrait donc réduire les "croyances motivées" dans certains contextes. 

Un phénomène risqué à l’heure d’internet

"Cette expérience donne du crédit à de nombreuses suspicions populaires sur l’aggravation des  croyances biaisées à l'ère d'internet", explique Ryan Oprea, l'un des auteurs de l’article. Une grande partie des informations disponibles est aujourd’hui sur les réseaux sociaux, or il est difficile d’estimer leur qualité. "En conséquence, nous sommes souvent obligés de décider nous-mêmes de l'exactitude des diverses opinions et sources d'information et de l'importance à y consacrer", poursuit le chercheur. Or comme selon cette étude, nous aurions plus tendance à croire ce avec quoi nous sommes déjà d’accord, il semble difficile de lutter contre les fake news sur les réseaux sociaux.