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Immunité

Pfizer : un intervalle plus long entre 2 doses offrirait une meilleure protection

Par Charlotte Arce

Selon une nouvelle étude de l’université d’Oxford, l’observation d’un intervalle de 6 semaines entre les deux doses du vaccin Pfizer est associée à des niveaux d’anticorps et de cellules T auxiliaires plus élevés.

AtlasStudio/iStock
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Par rapport à un intervalle plus court, un délai d'au moins 6 semaines entre les deux doses de Pfizer est associé à un taux d’anticorps neutralisants deux fois plus élevé.
Un délai de 6 semaines entre les deux injections du vaccin est aussi associé à une présence plus importante de cellules T "auxiliaires", qui soutiennent la mémoire immunitaire à long terme.
Cette présence plus importante d'anticorps neutralisants permet de lutter plus efficacement contre l'infection à la Covid-19, y compris au variant Delta.

Actuellement, pour soutenir la vaccination face aux départs en vacances des Français, le gouvernement a provisoirement réduit l’intervalle entre l’administration des deux doses de vaccins à ARNm, qu’il s’agisse de Pfizer/BioNTech ou Moderna. Pendant l’été, la seconde dose peut être réalisée dans un délai allant de 21 à 49 jours après la première dose.

Pourtant, selon une nouvelle étude publiée dans le BMJ et intitulée "Protective Immunity from T cells to Covid-19 in Health workers" (PITCH), observer un intervalle plus long entre les deux doses, permettrait une meilleure réponse immunitaire et donc une meilleure protection contre la Covid-19 et ses formes graves.

Des taux d’anticorps neutralisants deux fois plus élevés

L’étude a examiné les effets du vaccin Pfizer auprès 503 travailleurs de la santé. 223 de ces travailleurs avaient déjà eu la Covid-19. L'étude a été financée par le ministère de la Santé et des Soins sociaux. Les chercheurs ont observé comment les niveaux d'anticorps et de cellules T évoluent dans le temps après un intervalle court (trois à quatre semaines) ou long (six à 14 semaines) entre la première et la deuxième dose du vaccin Pfizer.

Dans le cas de l'intervalle d'administration plus long, les chercheurs ont constaté une baisse sensible des niveaux d'anticorps entre la première et la deuxième dose lors des tests en laboratoire. En particulier, les niveaux d'anticorps neutralisants contre le variant Delta ont été faiblement induits après une seule dose, et ne se sont pas maintenus pendant l'intervalle précédant la deuxième dose. Les cellules T, qui soutiennent la réponse immunitaire, se sont en revanche bien maintenues entre la première et la deuxième dose.

Lorsque l’intervalle entre les deux doses était long, les taux d’anticorps neutralisants se sont avérés deux fois plus élevées qu’après l’intervalle le plus court. Les niveaux globaux de cellules T étaient 1,6 fois plus faibles après la deuxième dose en cas d’intervalle long.  Cependant, en cas d’intervalle d'administration plus long, une plus grande proportion des cellules T présentes étaient des cellules T "auxiliaires", primordiales pour la mémoire immunitaire à long terme.

De manière générale, les chercheurs ont constaté qu’un intervalle d'administration plus long entraînait des taux d'anticorps neutralisants plus élevés après la deuxième dose, et ce même contre le variant Delta.

"La bonne nouvelle concernant ce vaccin est que, dans notre étude en laboratoire, tout le monde a présenté de très bonnes réponses, quel que soit l'intervalle entre les doses. Au niveau de la population, la réponse en anticorps était un peu meilleure chez ceux dont l'intervalle entre les doses était plus long. Ces résultats contribueront, avec d'autres données réelles sur l'efficacité des vaccins, à éclairer les politiques", explique le Dr Lance Turtle de l'Université de Liverpool, auteur principal de l’étude.