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Transmission du VIH de la mère à l’enfant : une piste pour l’éviter

Par Charlotte Arce

Des variants rares du VIH seraient impliqués dans la transmission du VIH entre une mère séropositive et son nouveau-né, révèle une nouvelle étude. Cette découverte ouvre la voie à de possibles traitements pour éliminer les infections par le VIH chez les nourrissons.

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En analysant le sang de mère et de leurs nourrissons infectés par le VIH, les chercheurs ont découvert que certains variants du virus étaient capables d'échapper aux anticorps maternels, ce qui explique cette transmission mère-enfant.
De plus, ces variants ont des signatures génétiques clés, associés à la capacité d'échapper à la neutralisation totale ou partielle des anticorps bnAbs.

Bien que rare, la transmission du virus du VIH de la mère séropositive à son enfant n’est pas impossible et concerne chaque année plus de 150 000 nourrissons dans le monde. Ces transmissions, qui ont lieu in utero, lors de l’accouchement ou pendant l’allaitement, sont longtemps restées un mystère pour la communauté scientifique.

Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de la Weill Cornell Medicine et de la Duke University (États-Unis) met en lumière de nouvelles données qui pourraient découler sur un traitement pour éliminer les infections au VIH chez les nouveau-nés. Publié dans la revue PLoS Pathogens, ces nouveaux travaux apportent la preuve que cette transmission du VIH de la mère à l’enfant est liée à des variants rares du virus dans le sang de la mère qui, en plus de contenir des signatures génétiques clés, sont aussi capables d’échapper aux anticorps neutralisants (bnAbs).

Des variants échappant aux anticorps maternels

La transmission du VIH de la mère au nouveau-né a suscité des interrogations. En effet, même lorsque la mère ne reçoit pas de traitement pour réduire sa charge virale, le risque de transmission est inférieur à l’enfant. Les scientifiques ont donc émis l'hypothèse que les facteurs déterminant la transmission se trouvent dans le système immunitaire de la mère et/ou dans les variantes du VIH circulant dans son sang. Il n'a cependant pas été facile de déterminer la source du risque de transmission, notamment parce que le traitement antirétroviral majoritairement utilisé aujourd’hui risquait de fausser les résultats de toute étude portant sur des patients actuels.

L’équipe de la pédiatre Sallie Permar, qui a réalisé l’étude, a donc contourné ce problème en analysant des échantillons sanguins provenant d'une étude sur les mères infectées par le VIH et leurs nourrissons menée il y a trente ans.

L’équipe du Dr Permar a isolé les variants du VIH qui avaient été transmis par les mères à leurs enfants, et a constaté que ces variants du VIH transmis étaient environ 30 % moins sensibles au plasma des mères – le composant du sang contenant des anticorps. Cela signifie que la différence entre la transmission et la non-transmission semblait être due, au moins en partie, à des variants du VIH qui permettent d'échapper aux anticorps maternels.

De plus, les chercheurs ont constaté en analysant les séquences génétiques de ces variants transmis qu’ils contiennent des signatures génétiques clés. La plupart de ces signatures sont associées à la capacité rare d'échapper à la neutralisation totale ou partielle des anticorps bnAbs. "Cette découverte suggère que la présence de variantes d'anticorps largement neutralisants dans le sang des mères infectées par le VIH est un facteur prédictif d'un risque de transmission plus élevé aux nouveau-nés", explique le Dr Permar.

Réduire le risque de transmission mère-enfant

Cela signifie que tout vaccin ou traitement administré aux femmes enceintes ou allaitantes infectées par le VIH, en complément d'un traitement antirétroviral pour réduire le risque de transmission, doit être efficace contre les variantes du VIH qui peuvent échapper à ces anticorps spéciaux.

Selon les chercheurs, ces résultats permettent de prédire si le VIH se transmet de la mère au nourrisson et ouvrent la voie à des approches qui peuvent contribuer à prévenir cette transmission. Dans le même temps, les résultats indiquent que le traitement des femmes enceintes ou des nouvelles mères séropositives par des thérapies bnAb pourrait avoir l'effet involontaire de favoriser l'évolution de variantes capables de résister à ces thérapies et donc d'augmenter le risque de transmission mère-enfant.