ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Aux Etats-Unis, être riche ne signifie pas être bien soigné

Système de santé

Aux Etats-Unis, être riche ne signifie pas être bien soigné

Par La rédaction

A cause de la grande fragmentation de la médecine et du manque de communication entre les professionnels de santé, il est extrêmement difficile d’être bien soigné aux Etats-Unis, même lorsqu’on a les moyens de pouvoir se rendre à l’hôpital. 

iStockphoto.com/Sergii Zyskо
Les Américains les plus riches sont moins bien lotis que les habitants d'autres pays industrialisés.
Ils ont plus de chance de mourir d'une crise cardiaque, voire de mourir en accouchant pour les femmes, que dans un autre pays.
Selon les chercheurs, cela serait dû à une vision fragmentée de la médecine, où les praticiens ne communiquent pas entre eux.

La richesse peut acheter beaucoup de choses, mais pas la santé. Aux Etats-Unis, le système de santé est radicalement différent de celui que nous connaissons en France. Contrairement à chez nous, là-bas tout s’organise autour de compagnies d’assurances privées, qui coûtent relativement chères, ce qui réduit les possibilités de bénéficier d’une bonne couverture santé à moindres frais. Ce système, qui comporte de nombreux inconvénients, n’est pas non plus forcément adapté aux personnes les plus riches, comme le montrent des chercheurs de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie (Etats-Unis). Les résultats de leur étude ont été publiés le 28 décembre 2020 dans la revue JAMA Internal Medicine. 

Pour cette étude, les chercheurs se sont intéressés aux personnes les plus riches des Etats-Unis, ceux qui font partie des 1%. Ils ont comparé leurs problèmes de santé et la manière dont ils sont traités avec 12 pays industrialisés, dont la France, la Suisse, le Japon, le Canada ou les Pays-bas. Il s’avère que les Américains aux revenus les plus élevés ont, en moyenne, plus de chances de mourir d'une crise cardiaque ou d'un cancer, pendant l'accouchement ou de perdre un nourrisson que les habitants de ces 12 autres pays industrialisés.

Des résultats médiocres par rapport aux autres pays industrialisés

Nous parlons des blancs, et nous parlons des blancs qui vivent dans les régions les plus riches du pays, indique le chercheur principal de l’étude, le docteur Ezekiel Emanuel, président de l'éthique médicale et de la politique de santé à l'école de médecine Perelman de l'université de Pennsylvanie à Philadelphie. Nous avons examiné les meilleures pratiques aux États-Unis et les avons comparées à la moyenne dans d'autres pays. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres”. Sa collègue, Laurie Martin, chercheuse en politique de santé à la RAND Corporation, un groupe de réflexion sur la politique mondiale basé en Californie, dresse le même constat. “Notre système de soins de santé a beaucoup de marge de progression. Nous le savions déjà, mais cela ajoute à la discussion dans la mesure où il s'agit en fait de comparer ceux qui, aux États-Unis, ont théoriquement le plus de privilèges, le plus d'accès, le plus de choix, aux individus d'autres pays.

Pour leur comparaison avec les douze autres pays, les chercheurs se sont appuyés sur les 5% des plus riches, afin que les revenus soient similaires. Ils ont découvert que ces américains — dont le revenu moyen des ménages est d'environ 84 000 dollars par an — avaient de meilleurs résultats en matière de santé que la moyenne de leur compatriote. Toutefois, dans le même temps, en comparant les résultats avec d’autres pays, près de 13 % des Américains privilégiés âgés de 65 ans ou plus meurent d'une crise cardiaque, alors que le taux est de 10 % en Norvège et de près de 11 % au Danemark. De plus, la mortalité infantile chez les Américains riche est est de 3,5 à 4 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit un chiffre plus élevé que dans l’ensemble des 12 pays comparés. Dans le détail, la mortalité chez les femmes au moment de l’accouchement est également plus élevée aux Etats-Unis, avec 26 morts pour 100 000 naissances. Seul le traitement du cancer du sein est mieux géré aux Etats-Unis que dans le reste du monde. 

Une médecine fragmentée et peu ouverte au dialogue

Les chercheurs expliquent ces mauvais résultats par la fragmentation du système de santé américain par rapport aux autres nations. Là-bas, les patients doivent traiter avec plusieurs niveaux de médecins, de spécialistes, de pharmaciens et d'assureurs pour faire soigner leurs maladies, quand dans d’autres pays, les soins de santé sont plus rationalisés et les données des patients sont plus facilement partagées entre les professionnels de santé.

C’est peut-être l'une des raisons pour lesquelles nous faisons mieux dans certains cancers, car d'après mon expérience, une fois que vous avez un cancer, c'est l'oncologue qui prend le relais et coordonne tout, car c'est votre maladie la plus grave, ajoute Ezekiel Emanuel. Alors que si vous avez plusieurs autres maladies, vous avez de l'arthrite, une maladie cardiaque ou une maladie pulmonaire, chacun s'occupe de sa petite partie mais personne ne s'occupe de la totalité.”