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Télétravail : plus le déconfinement s'accélère, plus le présentiel reprend ses droits

Par Floriane Valdayron

Présence permanente, 2 demi-journées, 3 jours par semaines… De plus en plus de salariés sont appelés à délaisser le télétravail pour revenir sur site. Une tendance qui se confirme avec la hausse de la fréquence des allers-retours entre le domicile et le lieu de travail des Français.

scyther5/iStock

En conséquence de l'accélération du déconfinement, la reprise du travail en présentiel est de plus en plus répandue. Comme le rapporte 20 Minutes, "près de la moitié des salariés travaill[ai]ent sur site fin mai, après un tiers fin avril et un quart fin mars", selon la Dares (direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques). Un retour au sein des entreprises qui semble sonner le glas de l'expérience française du télétravail. 

"Aujourd’hui, on m’a demandé de retourner physiquement sur mon lieu de travail, je ne connais pas les raisons. Il semble que bon nombre de collègues soient revenus. Nous n’avons eu aucune directive pour l’ensemble du personnel, il semble que ce soit chaque responsable qui a demandé ou non de revenir. Jusqu’à présent, j’y retournais une demi-journée par semaine, afin de traiter mes dossiers en version papier", raconte à nos confrères Alice, assistante administrative en mairie.

Un retour sur site variant fortement d'une entreprise à l'autre 

Présence permanente, 2 demi-journées, 3 jours par semaines… Le rythme de retour sur site varie fortement selon les entreprises. Par exemple, Carl, également contacté par 20 Minutes, ne devra retourner qu'un jour par semaine dans sa société, avant de passer à deux à partir de juillet et de revenir à un temps complet en présentiel dès le mois de septembre. Néanmoins, si le déconfinement s'accélère, il n'est pas exclus que ces échéances soient avancées : un regret pour le salarié. "Je vis en Normandie alors que je travaille sur deux sites franciliens. Pour moi, le télétravail devrait rester la norme !", estime-t-il.

L'entreprise d'Amélie a donné à ses salariés le choix de télétravailler 2 à 3 jours par semaine, notamment en cas de contraintes familiales. "Sinon, il nous est fortement recommandé de venir au bureau", indique-t-elle à nos confrères. Elle a préféré opter pour un retour intégral à partir du 2 juin, "parce qu’alterner télétravail et bureau représente plus de difficultés logistiques que de réinvestir le bureau avec les mesures sanitaires".

"Le télétravail (…) ne doit pas devenir la norme"

Quelle que soit l'expérience que l'on a tirée du télétravail, la France n'est pas coutumière de cette pratique. "Le télétravail reste souhaitable dans la mesure où il permet d'avoir une reprise progressive, de limiter la circulation du virus, mais j'ai toujours considéré que ce n'était pas la panacée", estimait ainsi Bruno Le Maire sur franceinfo le 15 juin dernier. Des propos qui faisaient écho à ceux de Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, qui déclarait le 4 juin sur Europe 1 que : "Le télétravail, encouragé depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus, ne doit pas devenir la norme".

"Il y a autant d’entreprises que de situations", estime pour sa part Cécilia Durieu, interrogée par 20 Minutes. Il s'agit de la directrice générale de Greenworking, un cabinet de conseil en management qui suit actuellement une centaine de sociétés sur le sujet du télétravail. "On a approché les limites sur les taux d’occupation chez pas mal de nos clients, mais ça a pris du temps. Jusqu’ici, un équilibre a été trouvé avec les volontaires", indique-t-elle. Selon elle, les entreprises vont plus "lourdement" inciter au retour sur site à partir du 22 juin – la date marquant le retour obligatoire à l'école et au collège.

Fin mai, les allers-retours entre le domicile et le travail étaient à 60% de leurs effectifs habituels

Une tendance que l'on peut déjà constater en observant la fréquence des allers-retours entre le domicile et le lieu de travail des Français. En effet, dans une étude de l'Insee notamment relayée par France Inter, ces déplacements étaient estimés à 25% de leurs effectifs habituels dès le 17 mars – date d'entrée en vigueur du confinement – puis à 40% début mai, et à 60% à la fin du mois. Si l'on est encore loin du "monde d'avant", l'évolution vers le retour au présentiel semble se confirmer avec le temps.

Néanmoins, elle varie entre les zones urbaines et rurales. Ainsi, les métropoles ont été davantage touchées par la diminution des trajets que les territoires moins densément peuplés, puisque l'indice y est tombé à moins de 20% du volume habituel. Un différentiel qui a perduré après le déconfinement. En cause : des emplois "de bureau" dans les grandes villes, pour lesquels le présentiel peut facilement être remplacé par le recours au télétravail. Un écart qui se constate parfois au sein des métropoles, puisque les déplacements ont bien plus fortement chuté vers les quartiers centraux, les lieux d’affaires et de commerce, que vers les périphéries plus résidentielles.