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Éducation nationale

Retour obligatoire à l'école : les professeurs dans le "flou"

Par Amanda Breuer-Rivera

Dimanche 14 juin, le président de la République a annoncé le retour obligatoire des enfants dans les écoles et les collèges. Une annonce qui accentue le spleen d'Adrien Sauvage, un responsable SNUipp dans l'Eure. Explications.

Jovanmandic/iStock

Il y a de quoi perdre son latin, ou plutôt son français face aux annonces gouvernementales en matière de gestion de la crise sanitaire dans l'Éducation nationale. En tout cas c'est l'effet qu'a eu la décision de rendre obligatoire la présence à l'école de la maternelle au collège sur Adrien Sauvage, enseignant SEGPA - enseignement spécialisé et adapté pour les collégiens les plus en difficulté. "Je ne m'attendais pas à grand chose car l'enchaînement entre les annonces et les contre-annonces me donnent l'impression d'être sur une montagne russe" souffle-t-il. Ce retour sur les bancs de l'école ne rend ce normand ni mécontent à 100%, ni satisfait à 100%.

"Je pense que c'est une bonne chose que le volontariat soit terminé, lâche-t-il. Dans un premier temps on a dit que l'école devait accueillir en priorité les élèves les plus en difficultés or on se rend compte que beaucoup ne sont pas revenus." Il en a fait l'amer expérience. Alors qu'il enseigne de la 6e à la 3e, depuis le 12 mai il n'a revu en présentiel que 18 de ses élèves... sur 64. "Le suivi était bon pendant le confinement sauf pour les 3e qui étaient en stage où c'était plus compliqué. Mais depuis le déconfinement ils ont été beaucoup moins réactif et nous en avons perdu 50%, les autres continuent en télétravail, constate-il. Les familles sont très inquiètes et malgré le fait que je filme les cours pour essayer de les rassurer, ou que j'explique qu'apprendre avec un professeur est plus simple que chez soi, ils ne reviennent pas pour autant. Alors pour 15 jours, [NDLR : l'année scolaire se termine le 4 juillet] je doute franchement qu'ils remettent leurs enfants à l'école le 22 juin même si c'est obligatoire." Pourtant il est persuadé que ce retour sur les bancs de l'école ne peut être que positif avant les grandes vacances ou une orientation, en particulier pour les plus fragiles.

Flou et malaise plus ancien

Le retour obligatoire à l'école est donc une "bonne" décision selon lui, mais qui pêche par son manque d'organisation. "Encore une fois ce n'est pas concerté. Ce sont les équipes sur le terrain qui se débrouillent et portent encore une fois la responsabilité," regrette-t-il. Parmi les nombreuses questions que se pose Adrien Sauvage, il ne sait toujours pas comment faire respecter le mètre de distance entre deux élèves qui partagent le même bureau d'écolier. De la même façon, le co-sécretaire départemental SNUipp de l'Eure assure que les professeurs vulnérables - souffrant d'une maladie chronique ou vivant avec une personne dont c'est le cas - ont eu l'assurance de pouvoir continuer à travailler à distance. De ce fait : vont-ils devoir retourner quand même en cours? Si non, comment accueillir ces élèves sans professeur ?

Pourtant c'est la répétition de la situation qui semble l'agacer. "Pour la rentrée du 2 juin dernier, il a fallu attendre le 3 pour avoir la foire aux questions de l'Éducation nationale actualisée, assure-t-il. On est dans l'improvisation totale." Mauvaise note pour le gouvernement ? Assurément selon le professeur qui vit très mal le fait d'apprendre à la radio les orientations du ministère en même temps que les parents. Un mauvais point qui est une crispation de plus dans une longue série de désillusion et rapports difficiles depuis le début du quinquennat avec le corps enseignant.

Malaise entre l'Education Nationale et les enseignants

Réforme du BAC, "l'école de la confiance", grève de la surveillance du BAC, rétention des notes ou alors le suicide d'un directrice d'école à Pantin (93) qui dénonce ses conditions d'exercice ne sont que quelques exemples du malaise entre le ministère de l'Éducation national et les enseignants, sans même évoquer le sentiment diffus d'un manque de reconnaissance autour du métier. "Avec le confinement, certains parents sont venus nous voir et nous ont dit réaliser la difficulté du métier maintenant qu'ils ont expérimenté l'école à domicile", assure-t-il. Un baume au cœur aussitôt assombri selon lui par "un climat de fatigue général" mais aussi de défiance. Il avoue ne pas avoir apprécié la déclaration du 10 juin sur RTL de Jean-Michel Blanquer - ministre de l'Éducation nationale. Dans cet entretien où le journaliste demandait au ministre de réagir au chiffre avancé par un reportage de France 2 où un journaliste avançait estimer à 40 000 le nombre d'enseignants ayant abandonné leur poste sans justification durant le confinement, soit 5% de la profession, le ministre a refusé de commenter ce chiffre et a préféré louer le comportement de "l'immense majorité" du corps enseignant puis a ajouté envisager des sanctions contre ces "absentéistes".