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Économie

Commerce : les magasins d'habillement en convalescence fragile

Par Amanda Breuer-Rivera

Le secteur de l'habillement se relève de son coma de deux mois dû du confinement. Si pour certains les affaires reprennent doucement, d'autres mettent la clef sous la porte.

LDProd/iStock

Même en situation délicate un commerçant ne peut pas baisser les bras. À Alençon (Orne), Élisabeth Riou - gérante d'une boutique de lingerie - garde le sourire. "Les gens sont revenus même si ça a été dur au redémarrage, assure la gérante de Fascination. L'achat d'un soutien-gorge n'est pas une affaire urgente alors beaucoup de gens préfèrent attendre. Cependant certains viennent acheter des petites choses pour nous donner du travail, c'est une démarche plus solidaire que de consommation car ils ne veulent pas voir les commerces du centre-ville disparaître."

Un attentisme qui se traduit par une diminution de son chiffre d'affaires de 30%. Si limiter l'accès de la boutique à deux personnes et placer en quarantaine les vêtements essayés avant d'être nettoyés ne semble pas poser de problème, le déconfinement fragilise avant tout la chaîne d'approvisionnement. "On commande 6 mois à l'avance les produits mais beaucoup de Maisons sont en télétravail et reportent ou annulent des commandes, regrette-elle. Alors on rallonge les produits de printemps qui ne sont "pas top" pour l'été donc on trouvera encore du bleu canard et de la rouille au magasin ces prochains mois ! Enfin ce n'est pas bien grave j'ai toujours des soutiens-gorges noirs ou blanc même si c'est pas de la dernière tendance ça ira."

Des faillites de fournisseurs

Même son de cloche au Printemps à Tours. "On remonte gentiment la pente" affirme Odile Bordet, directrice. Le grand magasin a récupéré 80% de son chiffre d'affaires avec un flux de clientèle moindre : "on a de meilleurs tickets (NDLR : d'achat) car les gens qui viennent sont motivés" se réjouit-elle. La directrice de l'établissement a remarqué une envolée des ventes de vêtements pour enfants, des "bons" achats dans tous les autres secteurs de l'habillement - mieux pour les hommes, la lingerie frileuse - et de la maison mais les accessoires et bijoux semblent rencontrer "moins d'enthousiasme". Malgré ce tableau positif le magasin souffre de ses deux mois de stocks non-écoulés durant le confinement : "on ne doit pas se laisser ensevelir par le stock, on réfléchit à comment faire." Pour l'heure les recrutements ont été arrêtés mais aucun licenciement n'est "pour l'heure" envisagé. Cependant, Odile Bordet s'inquiète de la faillite de plusieurs de ses fournisseurs comme le chausseur JB Martin fondé en 1921.

Grise mine pour le secteur

Pourtant ces défaillances se multiplient ces dernières semaines. Camaïeu, NafNaf, La Halle, André et Verywear ne se sont que quelques grandes enseignes parmi d'autres à avoir été placé en redressement judiciaire pendant et après le confinement. Selon les professionnels du secteur, le résultat est peu surprenant pour un secteur en crise depuis 15 ans. Selon l’Institut français de la mode, le marché de la mode a perdu 15 % de sa valeur depuis 2008.

La faute principalement à une concurrence accrue qui fragilise la santé économique de l'habillement : "la moitié des ventes se fait à prix barré, atteste Delphine David directrice d'études chez Xerfi institut spécialisé dans l'analyse économique sectoriel à Ouest-France. Forcément, cela a un impact sur le chiffre d'affaires et les marges des distributeurs." Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce qui rassemble les grands-magasins et les enseignes de mode et de chaussures, est inquiet pour l'avenir. "Nous restons dans une reprise fragile. Pendant quinze jours, le marché a été tiré par le marché de l'enfant, ce qui ralentit désormais. La femme et l'homme étaient moins forts, explique-t-il dans les pages de Fashion network. Il n'y a pas d'amélioration flagrante des fréquentations. Donc il reste à voir ce qui va se dégager dans les prochaines semaines" .