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Vaccin

Affaire Sanofi : Le “jour d’après” commence mal !

Derrière la sortie maladroite de Paul Hudson, le PDG de Sanofi qui a annoncé mercredi 13 mai que lorsque son vaccin contre la Covid-19 serait prêt, il “servirait en premier les Etats-Unis… car ils ont investi pour essayer de protéger leur population”, se cache une réalité économique et organisationnelle péjorative pour la France et l’Europe. Cette dernière augure mal des négociations à la sortie du vaccin, dans quelques mois au plus tôt. Le temps pour les pays Européens, entre autres, de s’organiser face à l’hégémonie américaine qui s’est naturellement mise en place.

Affaire Sanofi : Le “jour d’après” commence mal ! anyaivanova/iStock

  • Publié le 14.05.2020 à 17h15
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On aimerait croire que Sanofi est un laboratoire pharmaceutique français… Erreur majeure ! Avec moins de 15 % de capitaux Français (dont près de 10% appartenant à la multinationale L’Oréal), et un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros en 2018, qui se décompose en 72,6% hors d’Europe, et 5% pour la France, on comprend que l’essentiel du business est américain…

Le laboratoire n’a en fait de Français, que son siège social, avenue de la Boétie, à Paris, et un conseil d’administration à forte participation française dirigé par Serge Weinberg, homme d'affaires français, par ailleurs président de Weinberg Capital Partners. On attend d’ailleurs sa réaction face à la boulette du vrai patron exécutif de Sanofi, le britannique Paul Hudson, qui dans son bureau parisien, doit se mordre les doigts de sa sortie maladroite chez Bloomberg.

Une “sortie maladroite”

Il se défend en disant que l’article qui annonce que “les Américains auront la priorité sur les commandes d'un éventuel vaccin contre la Covid-19, parce qu'ils ont financé la recherche avant les autres”, a été sorti de son contexte par le journaliste. Argument facile, toujours utilisé quand l’embarras est maximum et les faits irréfutables.

Le président de Sanofi France, Olivier Bogillot, qui s’était plutôt bien sorti des délocalisations de la fabrication du paracétamol, de la crise hydroxychloroquine (médicament du laboratoire) et des pénuries de produits en réanimation, se serait bien passé de l’appel courroucé d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, hier soir. Il s’est empressé d’essayer de déminer par un bref communiqué et a poursuivi aujourd’hui dans les médias français, parlant de “sortie maladroite” de son patron au niveau mondial…

Il est probable que la colère ne redescende pas de sitôt, car le tollé a été général dans toute la classe politique. Une condamnation sans appel !

Un nouveau vaccin… pas encore né

On est surtout très surpris par le timing de cette déclaration. D’abord parce que Sanofi-Pasteur (c’est le nom de la division vaccin du laboratoire), n’est pas particulièrement en avance sur la mise au point d’un vaccin. On se demande, d’ailleurs, ce que pourra bien dire Pasteur sur ce sujet, mais la hauteur de la participation de l’institut dans leur accord ne l’autorise sans doute pas à commenter au-delà d’un courroux légitime. La réaction du laboratoire GSK (Anglais) qui a rejoint le projet sera plus intéressante à observer… 

Bref, il n’y avait pas d’urgence à s’intéresser à la distribution de ce nouveau vaccin pas encore né ! Le laboratoire Pfizer, qui semble plus proche du Graal (on parle de la fin d’année) s’est bien gardé, lui, de faire la moindre déclaration sur le sujet.

La démonstration du “America First”

Alors pourquoi cette déclaration ? Une erreur ? Difficile d’y croire à ce niveau dans l’entreprise… Il faut plutôt replacer l’histoire dans le contexte de la “Barda” : un nom trompe-l’œil pour les francophones, donné à une organisation qui fait partie du ministère de la Santé américain. La Barda, (Biomedical Advanced Research and Development Authority) est une autorité de recherche et de développement biomédical avancé, qui a été (c’est le site du ministère qui le dit) créée pour aider à protéger les États-Unis contre les “menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires ainsi que contre la grippe pandémique et les maladies infectieuses émergentes.”

Une Barda qui est devenue, très vite, un argument de la démonstration du fameux “America First” de Donald Trump.  Avec, il faut le reconnaître, des moyens financiers colossaux. L’équivalent du “quel que soit le prix” de notre président français, mais avec une image bien réelle. Cette Barda, au nom d’un pragmatisme qu’on ne peut lui reprocher, est allée récolter, un peu partout, des fonds et des projets supplémentaires, auprès des laboratoires pharmaceutiques, dont Sanofi.

L'industrie pharmaceutique reste une industrie de profit

Donald Trump n’a pas le temps d’attendre la réalisation du vaccin pour en faire un (gros) argument politique, pour sa réélection. Alors il faut lui donner des arguments populaires… En clair, il n’y avait pas urgence à réfléchir à la distribution du vaccin, mais plutôt à rassurer les électeurs américains ! Ce qui a été fait maladroitement par Paul Hudson, au détriment des Européens et du reste du monde.

C’était sans compter sur la sensibilité extrême que partagent tous les habitants de notre planète sur l’évolution des outils pour vaincre ce virus et l’obligation d’une solution équitable et universelle. Ceux qui n’auront pas compris cela s’exposent à des réactions incontrôlables.

Toutefois, cette triste histoire nous apprend deux choses. D’abord, que l’industrie pharmaceutique reste une industrie de profit, qui, après une parenthèse de deux mois, est vite revenue aux attentes de l’actionnaire, alors que la crise reste ancrée dans la chair des gens pour encore longtemps.

Des négociations à venir qui nécessiteront vigilance, persévérance et ouverture d'esprit

Ensuite, que ce “monde d’après” dont beaucoup parle, passe par une réflexion, puis des modifications de nos mauvaises habitudes d’autrefois. Dans cet exemple, l’absence d’une structure européenne comme cette Barda qui — et c’est un argument de défense de Sanofi — oblige les entreprises du médicament à négocier en Europe, pays par pays, ce qui est totalement inadapté à des situations comme celle que nous vivons. C’est une évidence, mais il aurait été préférable de ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

Le problème réglé, probablement par un nouveau communiqué de Paul Hudson, il faudra avoir présent à l’esprit que les règles du “jour d’après” ne seront pas des discussions de gentils utopistes, mais des négociations pour lesquelles il faudra beaucoup de vigilance, de persévérance et d’ouverture d’esprit. Sans concessions et collectivement !

https://www.pourquoidocteur.fr/MaladiesPkoidoc/1176-Coronavirus-Covid-19-n-est-qu-une-infection-virale-poumon

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