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Sondage

Obésité : les Français restent mal informés

Par Raphaëlle de Tappie

Si 84% des Français considèrent l'obésité comme un problème de santé publique, nombre d'entre eux restent mal informés de cette maladie, encore trop stigmatisée, révèle un nouveau sondage Odoxa à l'occasion de la Journée mondiale unifiée contre l'obésité, ce mercredi 4 mars. 

Motortion/iStock

Dans le monde, deux milliards de personnes sont en surpoids (IMC compris entre 25 et 30) ou en situation d’obésité (IMC égal ou supérieur à 30). En France, les derniers chiffres s’élèvent à 8 millions et chaque année, la maladie tue 180 000 personnes. A l’occasion de la Journée mondiale unifiée contre l’obésité le mercredi 4 mars, organisée pour éradiquer “la grossophobie ambiante”, l’institut Odoxa a réalisé un sondage pour identifier la vision des Français de cette maladie. Si la grande majorité d’entre eux s’accordent à dire qu’il s’agit d’un enjeu de santé publique, les idées reçues contre cette affliction ont la vie dure.

Dans le détail, 84% des Français considèrent que l’obésité un problème de santé publique, surtout les femmes et les séniors. Par ailleurs, 67% pensent que l’on ne s’en soucie pas assez. Malgré tout, la maladie reste assez mal connue. Dans son enquête, Odoxa a demandé aux sondés d'estimer la part de personne obèse dans notre société, en leur donnant deux voix: 9% et 17%. Verdict: 70% des Français pensent, à tort, que les personnes en situation d'obésité en France représentent 9% de la population, alors que le vrai chiffre se situe autour de 17% (adultes et enfants confondus). Par ailleurs, 64% des sondés ont dans l’idée que l’obésité est reconnue comme une maladie en France, alors qu’elle n’est pas inscrite dans la liste des affections de longue durée. Ainsi, dans les faits, les Français atteints d’obésité ne peuvent pas bénéficier d’une prise en charge à 100% pour les soins et traitements nécessaires.

Ce sondage permet surtout de mettre en lumière la stigmatisation dont continuent de souffrir les personnes atteintes d’obésité. Pour 62% des Français, l’obésité est avant tout due à une mauvaise alimentation et à un manque d’exercice physique. De nombreuses études ont pourtant prouvé que de nombreux autres facteurs pouvaient jouer, d’ordre psychologiques, environnementaux, métaboliques ou génétiques

Les hommes et les CSP+ ont plus de préjugés

Par ailleurs, 6 à 7 français sur 10 se sont déjà dit qu’une personne obèse s’alimentait mal (67%), ne devait pas pratiquer beaucoup de sport (58%). Selon le sondage, 47% ont déjà pensé qu’elle devait ne pas prendre assez soin d’elle, 47% qu’elle devait avoir du mal à nouer des relations amoureuses ou amicales, 37% qu’elle n’était peut-être pas très dynamique et 23% qu’elle était sans doute un peu moins performante au travail. Dans le détail, les hommes ont plus de préjugés : 53% des hommes pensent qu’un obèse ne prend pas assez soin de lui (12 points de plus que chez les femmes). Les catégories les plus aisées, les plus diplômés, les CSP+ et les moins de 35 ans auraient également plus de préjugés sur la maladie.

Concernant les catégories sociales, “il y a une prévalence plus forte de l’obésité chez les catégories les plus modestes, plus défavorisées. L’obésité est multifactorielle et est liée à un environnement social. On a tendance à regarder les sujets que l’on connaît moins, ou que l'on considère comme étant l’apanage d’une autre catégorie sociale, avec un peu plus de hauteur. C’est quelque chose d'un peu étranger et plus cette chose est lointaine, plus on peut porter un regard critique dessus. Les autres catégories sociales plus modestes connaissent peut-être un peu mieux le sujet et sont donc peut-être moins sévères, voire moins méprisantes, à l’égard de personnes qui pourraient se retrouver en situation d’obésité”, explique Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa, à Pourquoi docteur. 

Pour ce qui est du genre, il a été prouvé que “que les femmes obèses sont plus souvent objets de discrimination que les hommes”, développe-t-elle. “Le regard est plus critique chez une femme en situation d’obésité que sur un homme dans le même cas. Des statistiques montrent que s’il est plus difficile de trouver un travail quand on est en situation d’obésité, particulièrement quand on est une femme. On voit donc, à travers le sondage, que les femmes manifestent une plus grande empathie à l’égard de l’obésité que les hommes et ont moins de préjugés à l’égard des personnes qui en sont atteintes”. Ainsi, force est de constater, que dans notre société, “on a moins d’idées toutes faites sur les hommes”.

L’évolution de la société a “créé mille et une raisons de grossir” 

Enfin, selon le sondage, 67% des Français estiment que perdre du poids est avant tout une question de volonté et 55% considèrent qu’il ne faut pas hésiter à mettre les personnes obèses face à leurs responsabilités. “Or, dans de nombreux cas d’obésité, même avec beaucoup de volonté, la perte de poids est impossible. Beaucoup de ces causes échappent au contrôle de la maladie. Si manger équilibré et faire du sport sont excellents pour la santé, cela ne suffit pas pour prévenir l’obésité. Certaines maladies ou facteurs génétiques favorisent l’obésité comme les dérèglements hormonaux, la pollution, les perturbateurs endocriniens, les fragilités psychologiques et sociales, la sédentarité, la faiblesse des revenus”, explique Céline Bracq.

Alors que de nombreux Etats encouragent les personnes obèses à manger plus sainement et à faire de l’activité physique dans l’espoir de réduire les dépenses de santé, “l’apport alimentaire calorique élevé et le manque d’activité physique ne peuvent, à eux seuls, expliquer l’augmentation rapide des taux d’obésité dans le monde. Et pour cause, la vérité est ailleurs”, explique en marge du sondage Agnès Maurin, directrice générale de la Ligue contre l’obésité, premier organisme non gouvernemental français qui regroupe tous les acteurs contre la maladie. En quelques décennies, l’évolution de la société a “créé mille et une raisons de grossir”, insiste-t-elle.  

Dans ce monde tourmenté et intransigeant, les fragilités psychologiques et sociales, la modification de la cellule familiale, l’isolement, la sédentarité, la faiblesse des revenus… constituent le terreau favorable à l’explosion du surpoids et de l’obésité. Pire : elle provoque des drames humains qui conduisent à l’exclusion via un racisme anti-gros assumé”, déplore Agnès Maurin. 

Expliquer au grand public que l’obésité est une maladie multifactorielle 

Ce sondage le prouve. “On voit qu’on manque d’informations sur la maladie. On a des idées reçues et on considère majoritairement qu’il suffit de faire attention pour ne pas se retrouver dans cette situation. Aujourd’hui, l’obésité est un peu vue comme un continium d’un petit problème de surpoids. Certaines personnes se disent que les obèses doivent énormément se laisser aller pour en arriver à ce stade. Or, c’est très souvent décorrélé. On ne peut pas comparer le fait de se ‘reprendre en main’ après avoir trop mangé pendant les fêtes à une personne qui serait en surpoids de soixante kilos. Ce sont deux univers différents. Or, on voit bien ici que les deux univers finissent par se confondre à cause de la culture dans laquelle on vit où il faut en permanence faire attention à son apparence et à son poids”, explique Céline Bracq.

Pour finir, cette enquête montre donc que “les gens considèrent l’obésité comme un problème important et voudraient que les pouvoirs publics s’en préoccupent plus”. “Cela ne passe pas uniquement à travers des mesures qui permettaient d’aider les personnes en situation d’obésité mais aussi par de l’information au grand public pour expliquer exactement ce qu’est cette maladie. Il faudrait par exemple simplement informer sur le fait que c’est une affliction multi-factorielle et que les personnes qui se retrouvent dans cette situation ne mangent pas forcément trop ou ne sont pas nécessairement inactives, poursuit Céline Bracq. Rien que cela ferait du bien aux 17% de personnes atteintes de la maladie.”