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Journée nationale le 12 décembre

Fibrillation atriale : “j'ai des problèmes d'arythmie cardiaque depuis trente ans”

Par Camille Sabourin

Pour la journée de sensibilisation à la fibrillation auriculaire le 12 décembre, nous avons interrogé un patient et son médecin à La Pitié-Salpêtrière (Paris). 

sanjagrujic/iStock

A l'occasion de la journée de la sensibilisation à la fibrillation atriale qui a lieu le 12 décembre, Pourquoi Docteur a recueilli La Pitié-Salpêtrière (Paris) d'un patient et de son médecin. 

“Je suis musicien classique dans un orchestre symphonique et depuis maintenant une trentaine d'années j'ai des problèmes d'arythmie cardiaque. Il y a 20 ans je suis allé voir un cardiologue qui m'a prescrit un traitement, de la Flécaïne. 

C’est un palliatif, donc je me suis accoutumé et au bout d'un certain temps on ne pouvait plus augmenter la dose puisqu'on j’étais arrivé au maximum. Etre aussi dépendant de ce médicament me stressait énormément.

Mais j'ai eu l'occasion de rencontrer un cardiologue de la Pitié, qui en 2006 m'a proposé un autre traitement, une ablation de l'extra systole interne. J’ai dû recommencer un an plus tard parce qu'il y avait des récidives. Pendant dix ans, cela a été très efficace. Toutefois, depuis deux ans, il y a eu des récidives à nouveau.

“Ils m’ont proposé une opération hybride”

Et il y a à peu près un an, vers le mois d'octobre 2018, j'ai commencé à ressentir une permanence d'arythmie qui s'est avérée être de la fibrillation auriculaire. J'ai repris rendez vous avec mon cardiologue qui, en mars dernier, a constaté que j'avais une fibrillation installée, trop importante pour ne pas réagir. Les médecins m'ont donc tout de suite proposé une opération hybride.

J’étais très fatigué et me sentais très oppressé. Et je ressentais un rythme cardiaque très irrégulier sans savoir si c’était normal ou pas. C'est assez difficile de s’en rendre compte. C’était devenu habituel pour moi d'avoir ce rythme irrégulier, avec beaucoup d'essoufflement, de fatigue. Dès que je faisais un effort sportif, je pensais que je n'irais pas jusqu'au bout et c'était assez angoissant.

Après l’opération, ma vie de tous les jours a changé : je me suis remis à une activité physique plus importante. Et dans mon travail, j'ai beaucoup moins d'angoisses. Je stresse beaucoup moins à l’idée de ne pas être capable de terminer ce que j'ai à faire, ou de finir une phrase musicale sans encombre.”

Guillaume Duthoit, rythmologue à La Salpêtrière explique comment il a traité cet homme

“Ce patient à 59 ans.  Dans les années 2000 il a été gêné par des extra systoles atriales qui ont évolué en salves vers de la fibrillation atriale, qu'on appelle maintenant paroxystique sur cœur sain. En 2006, la première ablation a ciblé les veines pulmonaires initiatrices, donc pas forcément toutes les veines pulmonaires. Les veines pulmonaires droites étaient silencieuses donc elles n'ont pas été traitées.

Par la suite, il a assez rapidement présenté une récidive qui a entraîné en 2008 une ablation plus étendue sur l'ensemble des veines pulmonaires droite et gauche. Cela lui a permis d'avoir une accalmie pendant près de dix ans. Puis, il a été revu par son cardiologue et son rythmologue traitant en début d'année en présentant des symptômes qui le gênaient régulièrement dans son travail, dans sa vie quotidienne, et dans ses efforts. On a découvert une fibrillation atriale. Elle était cette fois installée, il s'agit d'une forme persistante, donc peu plus difficile à traiter. Pour ce faire, il faut souvent des chocs électriques ou des ré-interventions parfois multiples.  

Etant donné que l'oreillette gauche était un petit peu dilatée et que la gêne était présente, on a voulu proposer une technique avec les meilleures chances de réussite, peut-être plus agressive. On a voulu essayer de faire une procédure en un coup avec une technique hybride. Ca se fait au bloc de chirurgie cardiaque, et pas en salle de cathétérisme cette fois. Dans un premier temps, le chirurgien réalise une thoracoscopie avec un système vidéo et des outils télécommandés à distance, télescopiques qui permettent d'utiliser des outils plus puissants de radiofréquence à la surface du cœur. On appelle ça l'épicarde.

“Ça devrait se maintenir”

Cela va nous permettre à nous, rythmologues, de compléter par l'intérieur les lésions qui seraient incomplètes. On fait une sorte de ceinture en avant des veines pulmonaires pour isoler l'ensemble du massif atrial postérieur du reste de l'oreillette. Cela a permis d'avoir, après la chirurgie, un très gros dégrossissement du travail. Ce dernier a été complété par une fermeture de l'auriculaire gauche par voie épicardique, donc par la surface. Cela ne laisse pas de prothèse, pas de matériel métallique, dans l'oreillette gauche.

Quand on a revu le patient six mois plus tard, son rythme était bien sinusal et on a pu arrêter le le traitement anticoagulant. Le patient avait peu de risques thromboemboliques. On est très confiant. Et après l'intervention, on a complété par voie interne, par la classique ablation par cathéter, qui nous a permis d'isoler ses veines pulmonaires et d'organiser la fibrillation atriale. On appelle cela un flutter. On l’a ensuite arrêté par cautérisation dans l'oreillette droite.

A la fin il n'y avait plus de tachycardie déclenchante donc on était plutôt satisfait. Ensuite, un drain pleural a  été retiré. Il n'y a pas eu de complications à ce niveau là. Et on a donc a pu progressivement arrêter le traitement anticoagulant et, récemment, les antiarythmiques. On a maintenant sept mois de recul et on pense que ça devrait se maintenir.”