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Cerveau

Certaines femmes auraient une prédisposition génétique à la procrastination

Par Thierry Borsa

La procrastination, une tendance à reporter ses actions, serait associée à une prédisposition génétique impliquant un niveau de dopamine plus élevé dans le cerveau. Une corrélation démontrée par une étude chez les femmes et que l'on ne retrouve pas chez les hommes. 

Noipornpan/iStock

Y aurait-il une inégalité homme-femme sur le sujet de la procrastination, cette tendance à reporter à plus tard les actions que l'on peut mener dans l'instant ? Rien ne le démontre dans les faits et pourtant une étude publiée dans la revue Social Cognitive ans Affective Neuroscience du 3 juillet montre que cette attitude serait, chez certaines femmes, liée à une prédisposition génétique à un niveau plus élevé de dopamine dans le cerveau. Les auteurs de cette étude ont été incapables d'identifier la même corrélation chez les hommes.

Le rôle crucial de la dopamine

Qu'une personne ait tendance à reporter des tâches ou à s'y atteler directement dépend de sa capacité à maintenir une intention spécifique d'agir sans être distrait par des facteurs perturbateurs. C'est dans ce mécanisme que la dopamine pourrait jouer un rôle crucial. Ce neurotransmetteur est non seulement associé à une flexibilité cognitive accrue, mais semble également faciliter l'entrée des informations dans la mémoire de travail.

Le groupe de recherche a étudié le génotype de 278 hommes et femmes et s'est particulièrement intéressé au gène de la tyrosine hydroxylase (gène TH). En fonction de l'expression de ce gène, le cerveau des personnes contient différentes quantités de neurotransmetteurs de la famille des catécholamines, famille à laquelle appartient le neurotransmetteur dopamine. A partir des réponses à un questionnaire pour enregistrer dans quelle mesure les participants étaient capables de contrôler leurs actions, il est apparu que les femmes avec une capacité de contrôle plus faible avaient une prédisposition génétique à des niveaux plus élevés de dopamine.

"Plus distraites par des facteurs environnementaux"

"Nous supposons que ce niveau élevé de dopamine qui accroît la flexibilité cognitive rend plus difficile le maintien d'une intention d'agir distincte. Les femmes avec un niveau de dopamine plus élevé en raison de leur génotype auraient donc tendance à différer les actions car elles sont plus distraites par des facteurs environnementaux", explique la candidate au doctorat Caroline Schlüter qui a participé à cette étude.

Des différences entre hommes et femmes dans l'expression du gène TH

Pourquoi un tel mécanisme n'apparaît pas chez les hommes étudiés par le groupe de recherche ? Des études antérieures ont révélé des différences entre hommes et femmes quant aux effets de l'expression du gène TH sur le comportement. "L'oestrogène, une hormone sexuelle féminine, semble jouer un rôle", avance Erhan Genc, autre auteur de l'étude, en rappelant que les oestrogènes influencent directement la production de dopamine dans le cerveau. "Les femmes pourraient donc être plus sensibles aux différences génétiques dans les niveaux de dopamine en raison de l'oestrogène, ce qui, à son tour, se reflète dans le comportement".

Dans les études à venir, l'équipe de recherche va étudier dans quelle mesure les niveaux d'oestrogène influencent réellement la relation entre le gène TH et le contrôle de l'action. "Cela nécessiterait d'examiner de plus près le cycle menstruel et les fluctuations associées des niveaux d'oestrogènes des participantes", explique Caroline Schlüter.