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Tribunal de Nanterre

Mediator : le réquisitoire implacable du Dr Irène Frachon

Pour le Dr Irène Frachon, la pharmacovigilance n'a pas pu détecter la toxicité cardiopulmonaire de Mediator parce que le laboratoire  a tenu un discours rassurant aux prescripteurs.

Mediator : le réquisitoire implacable du Dr Irène Frachon REVELLI-BEAUMONT/SIPA

  • Publié 24.05.2013 à 20h00
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« Les mensonges de Servier ont biaisé la pharmacovigilance ». Au troisième jour du procès pénal au TGI de Nanterre, visant notamment le laboratoire Servier et son président-fondateur Jacques Servier, le Dr Irène Frachon, qui a alerté sur le risque de valvulopathie et d'hypertension artérielle pulmonaire associé à Mediator, a succédé aux anciens rapporteurs de l'Igas à la barre des témoins. Pour elle, « le système de pharmacovigilance n'a pas pu détecter la toxicité cardiopulmonaire de Mediator notamment parce que Servier a tenu un discours rassurant aux prescripteurs et leur a menti ».

 

La penumologue  a souligné que « la pharmacovigilance fonctionne à condition que le laboratoire joue le jeu et ne raconte pas n'importe quoi sur le terrain ». Pour étayer ses propos sur le discours rassurant de Jacques Servier, elle s'est appuyée sur un courrier d'octobre 2008 de ce dernier adressé à un médecin généraliste qui s'inquiétait du risque d'hypertension artérielle pulmonaire. « Dans cette lettre, le laboratoire conclut à la bonne tolérance cardiopulmonaire de Mediator. L'enquête de pharmacovigilance est mentionnée mais l'information est tronquée. C'est de la méthode Coué, à force de répéter, ça marche et au final, il n'y a pas de notification. Les informations sont tronquées et le mensonge finit par fonctionner. Il n'y a en outre aucune incitation à déclarer d'éventuels cas en pharmacovigilance », a-t-elle expliqué devant les juges.

Concernant cette sous-notification, la spécialiste a indiqué « qu'environ seulement 5% des effets indésirables étaient rapportés. Mais pour Mediator, c'était 0,00005%. Si l'information avait été disponible, le travail aurait été fait. Et même seulement 5% des cas déclarés auraient été largement suffisants pour que l'alerte explose ».

Enfin, le Dr Irène Frachon a  répondu « oui », aux avocats des parties civiles qui lui demandaient si les termes amphétamine et anorexigène auraient dû sonner l'alerte. Tout en rajoutant, « on a découvert hélas trop tard un pot-aux-roses très bien organisé pour perdre le lecteur. Tout ce qui pouvait faire référence à une alerte, les mots norfenfluramine et anorexigène, ont été éliminés car les coupe-faim avaient mauvaise presse depuis les drames de l'aminorex et d'Isoméride ». Au final, « c'est un crime presque parfait », a-t-elle conclu.

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