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Congrès européen de cancérologie

Cancer du sein : l’immunothérapie marche dans les formes rebelles à tout traitement

Par le Dr Jean-Paul Marre

Dans le cancer du sein triple négatif, où les traitements actuels ne marchent pas quand la chirurgie est dépassée, une association d'immunothérapie et de chimiothérapie semble stimuler le système immunitaire et améliorer la survie globale.

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C’est un nouvel espoir pour les femmes souffrant d'un type de cancer du sein agressif et rebelle à tout traitement, le cancer du sein triple-négatif. Pour la première fois, une immunothérapie allonge la survie des femmes souffrant de cette forme du cancer où aucun traitement n’était jusqu’ici satisfaisant.

C’est le résultat d’une nouvelle étude, qui a créé l’évènement au congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO 2018), à Munich, et publiée dans le New England Journal of Medicine.

Une amélioration de la survie globale

En associant immunothérapie et chimiothérapie (par le paclitaxel fixé sur des nanoparticules), les chercheurs ont obtenu une amélioration de la survie sans progression chez les 50% des femmes souffrant d’un cancer du sein tripe négatif qui expriment le PD-1/PD-L1. Cette association réduit également le risque de décès ou de progression du cancer de près de 40% !

L’amélioration est surtout marquée pour la survie globale, plus que pour la survie sans progression, ce qui est habituel avec les traitements immuno-chimio-thérapeutiques où la maladie reste sous une forme résiduelle, mais c’est l’amélioration de la survie globale qui compte le plus au final.

Un cancer rebelle et orphelin

Le cancer du sein triple négatif touche souvent les jeunes femmes, beaucoup de cancers de ce type sont en effet diagnostiqués dans la quarantaine ou la cinquantaine. Ils sont appelés triples négatifs car les cellules ne sont pas porteuses de l’antigène HER2, ni de récepteur aux estrogènes ou à la progestérone. Par contre, avec les progrès de la recherche, on s’aperçoit désormais qu’ils peuvent contenir des cellules immunitaires exprimant PD-1/PD-L1, ou que les cellules cancéreuses peuvent être porteuses de l’anomalie génétique BRCA1 ou BRCA2

Le traitement standard était jusqu’ici limité à la chimiothérapie, contre laquelle la plupart des malades développent rapidement une résistance. Si la maladie se diffuse à d’autres parties du corps, la survie n’était que de 12 à 15 mois.

Un progrès considérable

Cette étude est une véritable révolution car elle démontre qu’il est possible de stimuler le système immunitaire pour lutter contre le cancer du sein triple négatif, prolongeant ainsi la survie plus de 10 mois.
Selon le principal auteur, le professeur Peter Schmid, professeur de médecine oncologique à l'Université Queen Mary de Londres et directeur clinique du centre du cancer du sein de l'hôpital St Bartholomew: "Ces résultats constituent un progrès considérable. Nous inaugurons un changement dans la façon dont le cancer du sein triple négatif est traité et démontrons pour la première fois que l’immunothérapie a un bénéfice majeur sur la survie. Nous utilisons une chimiothérapie pour enlever le "manteau de camouflage contre l’immunité" de la tumeur afin la démasquer et permettre au système immunitaire de l’attaquer.

Un changement des stratégies

Sur la base des résultats de cet essai, ce nouveau traitement est actuellement en cours d’examen par les autorités sanitaires et devrait être disponible dans un avenir proche. Selon le Pr Leisha Emens, professeur d’oncologie à l’Université de Baltimore, ce sont des résultats qui vont changer les pratiques et la stratégie chez ce type de cancers va vraiment changer : immunothérapie anti-PD1/PDL1 pour les tumeurs exprimant PD1/PDL1 et anti-PARP pour celles porteuses de l’anomalie BRCA1 ou BRCA2.