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Résultats d'une étude

Pourquoi on fait mieux ses courses le ventre plein

Par Mathias Germain

Des chercheurs américains ont montré que faire ses courses à jeûn augmentent l'envie d'acheter des aliments gras et sucrés. 

du bisphénol

Franchir les portes d’une épicerie ou d’un supermarché le ventre vide pousse à acheter des aliments gras et sucrés. Il ne s’agit pas d’un dicton populaire mais d’une vérité scientifique. Des chercheurs américains de l’Université de Cornell à Ithaca en ont fait la démonstration récemment auprès d’une soixantaine de personnes âgées de 18 à 62 ans.
L’expérience est assez simple. Après cinq heures de jeûne, les chercheurs les ont répartis de façon aléatoire en deux groupes. Le premier a pu prendre une collation, à base de biscuits aux germes de blé… jusqu’à satiété. Le second a pu en manger un peu mais sans répondre totalement à la sensation de faim. Ensuite, les deux groupes ont été invités à faire leurs courses alimentaires dans une épicerie virtuelle, sur ordinateur. Résultat : ceux qui avaient encore faim préféraient acheter des aliments plus gras et plus sucrés. Une précision cependant, ils n’achètaient pas plus de quantités de nourriture pour autant. L’expérience a été répétée dans les rayons d’une épicerie bien réelle.

Conclusion, si vous voulez que votre panier comprenne les fruits et les légumes nécessaires à une alimentation équilibrée, mieux vaut faire ses courses après le petit déjeuner ou le déjeuner. « C’est un phénomène connu que nous constatons tous les jours en consultation, confirme le Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste au Centre médical Saint Michel et l’hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris. L’heure à laquelle on fait ses courses joue aussi. Si vous vous précipitez dans les magasins le soir après une grosse journée de travail, la fatigue vous incitera à choisir des aliments « refuge », des aliments « doudou », des produits industriels plus gras et plus sucrés… »
Choisir le moment pour faire ses courses, n’est donc pas anodin. Le nutritionniste propose à ses patients de le vérifier par eux-mêmes. « Ils font une fois les courses après un petit déjeuner, et puis une autre fois en fin d’après midi après avoir sauté le repas du midi. Ils me rapportent les tickets de caisse, et la comparaison est souvent criante… En général, on trouve plus de barres chocolatés, de gâteaux ou de biscuits apéritifs sur le deuxième ticket de caisse ». Ce type d’expérience permet de prendre conscience des comportements réflexes.

Ecouter le Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste. « Prendre conscience de ce que vous mettez en bouche comme de ce que vous mettez dans votre panier permet déjà de régler une bonne partie du problème. »

 

Une hormone serait en partie responsable de ces comportements impulsifs lorsqu’une personne est à jeûn. La ghréline stimule l’appétit. Une expérience faite en 2010 à l’institut neurologique de Montréal au Canada avait montré son implication. Les chercheurs ont constaté que la présence de cette hormone activait le circuit de récompense dans le cerveau et motivait à acheter de la « junk-food ».

Pour le Dr Arnaud Cocaul, le phénomène est encore plus complexe. « Il existe une multitude d’hormones impliquées dans ces mécanismes de contrôle de la faim, précise le nutritionniste. Il faut aussi savoir que le cerveau n’est pas le seul à émettre des messages, on sait que le tube digestif est aussi envahi des neurones. Des récepteurs gustatifs comme sur la langue sont aussi présents sur les cellules intestinales. Cela forme donc un circuit de communication complexe entre le cerveau et notre appareil digestif. Sans oublier les prédispositions génétiques ou les actions chimiques des adipocytes, ces cellules qui stockent la graisse dans l’organisme.


Ecouter Arnaud Cocaul.
« On a aussi mis en évidence que les adipocytes, les cellules qui stockent la graisse, émettent plus de 400 substances. »


En attendant que les chercheurs finissent de dénouer les interactions entre le cerveau, l’estomac, les cellules de stockage…  Il convient donc de réapprendre à faire ses courses et à déjouer les incitations marketing des magasins et des industriels. A ce sujet, le Dr Cocaul propose une parade étonnante. Faire confiance à ses enfants… A ce jeu-là, ne risque-t-on pas de se retrouver avec un caddie rempli de paquets de sucrerie ? « Au contraire, vous allez être assez surpris de ce qu’ils vont mettre dans le panier, car les jeunes enfants en bonne santé n’ont pas leur circuit du contrôle de la faim déréglé comme certains adultes, explique le spécialiste. Il faut bien comprendre qu’à la naissance notre organisme est parfaitement ajusté pour trouver son équilibre alimentaire, c’est finalement la société avec les habitudes culturelles, le stress, les messages marketing, qui vient déréguler tout ça. » 

Ecouter le Dr Cocaul. « Les enfants de deux ans sont capables de s’arrêter d’eux mêmes de manger, parce que leur besoins sont remplis, même s’ils ont à portée de la main de la nourriture. »


A propos des enfants, le nutritionniste plaide en faveur d’une nouvelle réglementation qui empêcherait les industriels d’associer un produit alimentaire à un personage à la mode, fictif ou non… « Mettre par exemple l’image de spiderman sur un paquet de gâteau va évidemment inciter un enfant à l’acheter, mais ce n’est pas le paquet de gâteau qu’il achète au départ… » Une idée pour la prochaine loi de santé publique annoncée en 2014 par la ministre de la Santé…