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Décès brutal

Davide Astori est mort d’une « bradycardie », un ralentissement anormal du cœur. Les explications.

Par Dr Eric Du Perret

Le cœur est un moteur quasi parfait, dont chacun de nous espère bien qu’il battra les presque 5 milliards de battements que connaissent le cœur des centenaires. Mais avant qu’il ne s’arrête de vieillesse, il est sensible aux troubles du rythme, comme cela s’être produit – selon les premiers resultats de l’autopsie – pour le footballeur Italien. Chez lui, c’est le ralentissement soudain qui a été fatal.

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La fréquence cardiaque, c’est la vitesse à laquelle le cœur bat. Elle est facile à mesurer, au niveau du cou ou du poignet à l’aide d’un chronomètre. Elle est normale entre 70 et 80 battements par minute, mais  s’élève en cas d’effort, de stress ou d’émotion ou là elle peut allégrement franchir la barrière des 100. 
Paradoxalement, alors qu’on pourrait penser que ses besoins sont plus élevés, le cœur des grands sportifs est lent. 30 à 40 battements minutes pour un marathonien, moins de 60 pour quelqu’un qui pratique l’exercice physique plusieurs fois par semaine.

Mais il s’agit alors, de battements de grande efficacité avec un muscle cardiaque qui se contracte à fond et joue son rôle de pompe avec puissance. L’économie de battement, tout en produisant une excellente circulation permet de faire face à une demande brutale, très supérieure à la normale. C’est le cas des marathoniens par exemple

Le cœur est un muscle qui pour battre dispose en son sein d’une pile.

Le cœur est un moteur capable de fonctionner pendant 70 à 80 ans, sans aucun arrêt possible. A 70 tours minute en moyenne, mais à qui on peut demander à tout moment de doubler voire tripler son régime… et tout cela grâce à une énergie extrêmement variée qui peut aller du simple verre d’eau à la pomme de terre en passant par le bol de riz quotidien. Des milliards de battements sans aucun entretien particulier, si ce n’est un peu de respect pour les tuyaux et ce que l’on met dedans.

Comment le cœur fait-il pour battre ? Heureusement, il ne s’agit pas d’un acte qui obéit à notre volonté. En effet, si la peur peut accélérer un cœur… notre cerveau, lui, ne sait pas l’arrêter. Les battements sont sous la dépendance d’un système autonome. Un système pour accélérer et contracter : on l’appelle le système sympathique ; un autre pour ralentir et dilater : c’est le parasympathique. Ces deux systèmes nerveux sont sous le contrôle du tronc cérébral, une sorte de protubérance du cervelet qui se situe au niveau de notre nuque. Pour le renseigner, il existe toute une série de capteurs distribués dans le cœur et les principaux vaisseaux. Ces capteurs sont capables de réagir lorsque la pression, la température, la teneur en oxygène du sang se mettent à varier. Il existe également des capteurs de la chaleur de notre peau : un degré de plus de température, c’est dix battements de plus, tout comme les émotions, l’exercice physique ou la douleur. Toutes ces informations transmises au tronc cérébral entraînent une régulation qui se fait par la sécrétion de toute une batterie d’hormones, chacune capable de provoquer une réaction. Par exemple, l’accélération du cœur se fait par l’intermédiaire d’une hormone célèbre : l’adrénaline. Le rythme normal de notre cœur, est donné par un système de piles électriques, situé en son sein, qui envoie 60 à 80 stimuli par minute, ces stimulations électriques entraînant la contraction du muscle cardiaque.

Le cœur s’affole et s’arrête

Les problèmes de rythme cardiaque sont de trois types : trop lent, on parle de bradycardie, c’est ce qui est arrivé à Davide Astori, trop rapide de tachycardie et en cas d’anarchie, ce seront les extrasystoles.

Tous ont une solution, y compris l'arrêt brutal, car les cardiologues que l’on a tendance à assimiler de plus en plus à des plombiers de l’impossible sont également de super électriciens.

David Astori n’a pas eu cette chance. Il est probable, à la lecture des premiers éléments de l’autopsie, qu’il ait fait ce que l’on appelle un arrêt cardiaque en rapport avec un « bloc auriculo ventriculaire » soudain. C’est ainsi que l’on appelle un problème électrique entre les oreillettes et les ventricules de son cœur.  Cette pathologie comporte trois degrés de gravité.  Le troisième est le plus grave : à ce stade, il n’y a plus aucune transmission entre les oreillettes et les ventricules. Cela peut provoquer une pause très longue, voire l’arrêt complet des battements du cœur, avant qu'il ne reprenne un rythme très lent. La seule consolation, pour la famille et les amis de ce jeune footballeur : il a dû sombrer dans le coma pendant son sommeil et mourir très paisiblement.

Reste à savoir si ce bloc n’aurait pas pu être dépisté lors des différents bilans que la pratique professionnelle de son sport lui a fait effectuer.