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Traumatismes du sport

L’entorse du pouce est fréquente au ski : mal traitée, elle peut laisser des séquelles

Par le Dr Jean-Paul Marre

Le ski alpin a la réputation de provoquer de nombreux traumatismes du membre inférieur alors que les lésions du membre supérieur sont encore plus fréquentes. L’entorse du ligament interne du pouce est ainsi le traumatisme le plus fréquemment observé lors de la pratique du ski alpin.

samot/epictura

Première piste et premier gadin ! Vous vous êtes peut-être élancé un peu vite et vous vous retrouvez par terre, couvert de neige, avec les skis, le bonnet, les lunettes et les bâtons éparpillés autour de vous. Les choses se compliquent quand vous essayez de reprendre vos esprits : une douleur lancinante de votre pouce se manifeste à votre conscience.
Après avoir délicatement retiré votre gant, votre pouce n'est pas déformé mais, bien que peu gonflé, il est très douloureux. Un moniteur, passant par là, vous dit qu’il s’agit probablement d’une entorse du pouce et qu’il faut aller consulter le médecin. Comme la douleur s’estompe un peu avec une bonne application de neige sur le pouce et comme celui-ci n’est pas très gonflé, vous hésitez. Mais, il faut absolument consulter

Le ligament latéral interne de la MCP

L’entorse du pouce est un traumatisme extrêmement fréquent au cours de la pratique du ski alpin (75 % des lésions de la main du skieur), le plus souvent dans le cadre d’une chute à ski avec écartement brutal du pouce vers l’extérieur (« abduction »).
Toutes les descriptions font état du rôle pervers de la dragonne, la personne tenant le bâton avec sa dragonne celle-ci bloque le pouce, mais ce traumatisme peut aussi survenir sans bâton, la main plongeant dans la neige pouce en flexion-abduction : le pouce est écarté violemment et se retourne lors de la chute.
Dans 90% des cas c’est le ligament latéral interne (ou « médial ») qui est touché.

Une douleur variable et presque pas d’œdème

La douleur est généralement vive et est associée à une sensation de craquement. La personne entend parfois le craquement ou un claquement au niveau du pouce, mais au ski, elle entend surtout le choc contre ses skis.
L’intensité de la douleur ressentie n’est pas du tout proportionnelle à la gravité de l’entorse. Ainsi un pouce très douloureux peut correspondre à un simple étirement du ligament. À l’inverse une douleur initialement très vive, mais qui s’atténue rapidement, peut correspondre à une rupture complète du ligament (le nerf est aussi coupé).
Le gonflement du pouce survient rapidement après le traumatisme, au niveau de l’articulation entre la 1ère et la 2e phalange (la « métacarpo-phalangienne »), mais il reste minime par rapport à celui que l’on voit, par exemple, dans une entorse de cheville.
Les douleurs à la partie interne de l’articulation entre la première et la 2e phalange du pouce sont violentes lors des tentatives de mobilisation de l’articulation métacarpo-phalangienne.
Cela peut se traduire par une perte de force de la pince pouce-index, avec au maximum une instabilité de l’articulation (impossibilité de serrer et de retenir une feuille de papier ou un journal entre le pouce et l’index).

Une articulation fragile et exposée

L’articulation métacarpo-phalangienne du pouce, entre la première et la deuxième phalange, est l’articulation la plus complexe des doigts. Articulation non protégée, elle est très exposée aux risques de traumatisme dans la pratique des sports en général.
La stabilité est assurée par les ligaments latéraux, une "plaque palmaire", la capsule articulaire et les muscles intrinsèques. Les ligaments sont des espèces de câbles fibreux qui maintiennent la stabilité des articulations comme les haubans maintiennent le mat d’un voilier. Les ligaments permettent la mobilité des articulations sans déviation par rapport à la position de fonction normale de l’articulation. La plaque est une espèce de structure fibreuse née de la fusion de plusieurs tendons. La capsule est l’enveloppe de l’articulation. Entre les doigts viennent se surajouter des muscles.

L’entorse grave ne peut pas cicatriser sans chirurgie

Cette anatomie explique les lesions en cas d’écartement abusif du pouce (« hyper-abduction ») sur un pouce fléchi : ce geste aboutit à la rupture du ligament interne (ou « médial »). Dans ce mécanisme, lors du retour dans l’axe du pouce, la remise en contact des 2 extrémités du ligament rompu peut être bloquée par une partie d'un autre tendon qui passe juste à côté, le tendon de l’adducteur du pouce qui vient s'inerposer, ce qui rendra impossible la cicatrisation du ligament. Cet « effet Stener » traduit une entorse grave, avec rupture complète du ligament, qui ne peut cicatriser toute seule. L’intervention chirurgicale est obligatoire pour réparer le tendon et assurer la stabilité et la récupération de la fonction de la métacarpo-phalangienne du pouce.

10 jours de réflexion

Si la personne blessée ne se fait pas opérer pendant les 10 premiers jours après la rupture, le ligament risque de ne pas cicatriser ce qui entraîne une perte de force, des douleurs et parfois une instabilité de l’articulation lors de la pince entre le pouce et l’index (gênant car on ne peut plus attraper d’objet en le serrant avec le pouce).
Il faut alors envisager une intervention chirurgicale dans un 2e temps, consistant à remplacer le ligament rompu qui n’est plus réparable car rétracté. Il faudra alors utiliser un tendon du poignet pour recréer ce ligament (« ligamentoplastie »), une intervention qui donne de bon résultats, mais qui est plus compliquée.