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Bâtiment, agriculture

La drogue enfume le monde du travail

Par Cécile Coumau

 Dans certains secteurs d'activité, comme l'agriculture, plus d'une personne sur dix fume du cannabis. Les entreprises mettent en place une politique de prévention.

Gile/Sipa

Le travail rendrait-il malade ? Malade au point de consommer régulièrement de l'alcool ou encore du cannabis ? C'est la question qui se pose à la lecture du Baromètre santé de l'institut national de prévention et d'éducation pour la santé, l'Inpes. Dans des secteurs comme ceux du bâtiment, de l'agriculture ou encore de la pêche, on enregistre deux fois plus de buveurs quotidiens que dans la population générale. Le monde du travail est aussi très touché par la consommation de cannabis. Dans la construction, l'Inpes a recensé 13% de salariés ayant consommé dans l'année contre moins de 7% parmi l'ensemble des actifs. Les secteurs du spectacle et de la communication sont aussi évidemment très touchés. En revanche, bonne nouvelle, le secteur de la santé ou encore ceux de l'enseignement font figure de modèle. Le taux de consommations de substances dites "psychoactives" par les spécialistes y est plus faible que la moyenne. 


Guider les entreprises dans le dépistage des drogues


Un tel constat n'avait encore jamais été établi. Il a le donc le grand mérite d'exister. Maintenant, le lien entre travail et consommation de drogues doit être établi avec modération. Certes, plus du tiers des fumeurs réguliers (36,2%), 9,3% des consommateurs d’alcool et 13,2% des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leurs consommations du fait de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle au cours des 12 derniers mois. Mais, "le renforcement de ces conduites addictives apparaît significativement plus important chez les chômeurs que chez les actifs occupés", estiment les auteurs de ce rapport. Ils vont même plus loin, estimant en quelque sorte que "le travail, c'est la santé" et que "au même titre que l’installation en couple ou la naissance du premier enfant, l’entrée dans le monde du travail semble être l’occasion d’un abandon des consommations de substances psychoactives pour une majorité des personnes consommatrices au cours de leur jeunesse."

La mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies - la Mildt -  a donc saisi la balle au bond. Dans la foulée de l'Inpes, elle vient de publier un guide pour aider les entreprises à mettre en place une politique de prévention des risques liés à la consommation de drogue. Et manifestement, il y avait urgence.

Patrick Buchard, fondateur du cabinet Hasse, spécialiste de la prévention de l'alcoolisme en entreprise et co-auteur de ce guide : "Le dépistage des drogues dans l'entreprise, c'était la foire d'empoigne".

 


 

 

Au-delà de ces tests, le guide précise comment mobiliser des personnes relais dans l'entreprise, comment expliquer à chacun la différence entre alerter et dénoncer, vers qui orienter un salarié un difficulté... L'entreprise doit aussi identifier les postes particulièrement à risques. 

Patrick Buchard : "Un test positif ne doit jamais aboutir à une sanction".

 

 

Pour le moment, le dépistage des drogues est très peu pratiqué en entreprise. Et les tests salivaires ne sont encore validés par aucune norme NF. Mais, au vu des chiffres de l'Inpes, il pourrait se développer. D'autant que le comité consultatif national d'éthique a rendu un avis en mai dernier. Pour lui, aucun argument éthique ne s'oppose à ce que les employeurs recourent à des mesures de dépistage systématique ou inopiné, si le but est de garantir la sécurité de leurs clients et de leurs salariés.


Pour en savoir plus :

 

Le guide «Repères pour une politique de prévention des risques liés à la consommation de drogues en milieu professionnel »