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Changement d’heure

Une nouvelle substance contre le décalage horaire

Par Dr Eric Du Perret

C’est une forme de changement d’heure que connaissent bien les globe-trotters. Le personnel navigant des avions certes ; mais aussi les travailleurs postés, de loin les plus nombreux. Comment digérer leur « jetlag », leur décalage horaire ?  

karenfoleyphotography/epictura

Certes, ce n’est encore que chez la souris, mais des chercheurs ont identifié une substance produite par le cerveau qui, à haute dose, permettrait de réduire de moitié les effets du décalage horaire. Cela fait longtemps que l’on cherchait quelque chose d’efficace ; cela semble être une vraie piste.

Des montres gèrent notre vie

Tous nos organes, toutes nos fonctions vitales ont un rythme dont la fréquence est différente. Ce n'est pas une horloge, comme on le dit, qui gère notre vie, mais plutôt un ensemble de montres. On ne connaît pas le nom du grand horloger, mais celui de l’une de ses assistantes, la mélatonine. Elle permet au corps de s'orienter dans le temps en assurant une interface entre l'extérieur et l'intérieur de l'organisme, en particulier l'alternance lumière/obscurité qui déclenche sa sécrétion. La mélatonine agit principalement en renforçant la baisse de notre température, ce qui nous permet de nous endormir. Qui dit "hormone", dit possibilité de traitement, et on a en effet fondé de très gros espoirs sur la mélatonine. Il n’y a aujourd’hui pas de preuves réelles de son efficacité, et c’est dommage.

La VIP

Mais il existe une nouvelle substance très prometteuse. Elle a un nom facile à retenir : la VIP, les initiales de Vasoactive Intestinal Polypeptide. Une équipe de chercheurs de l’université de St Louis, aux Etats-Unis, a publié une étude qui montre que cette VIP joue un rôle essentiel dans notre horloge interne. Elle permet de faire communiquer les cellules entre elles et de régler leur montre. En effet, notre horloge biologique est composée d’environ 20 000 cellules nerveuses. Elles forment une petite société dans laquelle chaque cellule a son opinion sur l’heure qu’il est. Elles ont donc besoin de se mettre d’accord.

Les chercheurs ont découvert que lorsqu’il y a un excès de VIP, les cellules perdent leur capacité de synchronisation. C’est comme si, au-delà d’une certaine dose, les cellules devenaient sourdes aux informations qui leur étaient transmises. D’où l’hypothèse que cette désynchronisation pourrait être salutaire. Autrement dit, que face à un désordre interne, les cellules chercheraient des indices extérieurs, dans l’environnement, pour parvenir à se resynchroniser, et à remettre l’horloge interne en ordre de fonctionnement. Vérification chez les rongeurs : on a constaté que le décalage horaire était réduit de moitié en donnant aux souris une dose de VIP supplémentaire le jour qui précédait un changement de fuseau horaire. Un changement que les chercheurs avaient simulé en modifiant le rythme jour-nuit des souris. Reste maintenant à faire de tout cela un médicament.