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Perceptions du tabagisme

Paquet neutre : l'Inserm va évaluer ses effets

Par Marion Guérin

L’Inserm lance une enquête pour évaluer l’impact du paquet neutre sur les perceptions des Français vis à vis du tabagisme.

ALLILI MOURAD/SIPA

On a tout entendu sur le paquet neutre. Qu’en plus d’être laid il ne sert à rien, que les fumeurs ne sont pas si naïfs, changer le conditionnement ne les fera pas renoncer à leur pêché mignon. Certains ont même osé le paradoxe : le paquet neutre aurait l’effet inverse de celui escompté, il conforterait les consommateurs dans leur logique autodestructrice, à cause de l’effet « moralisateur ». Les industriels du tabac ont acquiescé, distillé leur stratégie de communication : le paquet neutre est inutile.

Bien malin qui peut le dire. La mesure instaurant le conditionnement standardisé des cigarettes en France n’a pas un an – elle n’est obligatoire que depuis le 1er janvier 2017. Aucune évaluation n’a encore pu voir le jour. Pour pallier ce défaut d’information, démêler le vrai du faux, répondre aux cris d’orfraie des fabricants et débits, l’Inserm lance une vaste étude. Baptisée DePICT (Description des Perceptions, Images et Comportements liés au Tabac), cette analyse vise, entre autre, à comprendre comment les Français perçoivent le tabagisme, notamment depuis l’introduction du paquet neutre.

Séduction

« Il s’agit d’évaluer l’impact sur les perceptions liées à la dangerosité et à l’attractivité du produit, en particulier chez les jeunes, explique Maria Melchior, chercheuse à l’Inserm, qui coordonne ces travaux. Dans une certaine mesure, seulement, nous tenterons d’analyser l’effet du paquet neutre sur les comportements ».
Les travaux incluront 6000 participants âgés de 12 à 64 ans, dont 2000 âgés de 12 à 17 ans, interrogés par le biais de questionnaires.

Car c’est bien là, le but affiché du paquet neutre : dénormaliser le tabac, limiter le pouvoir de séduction exercé par des paquets joliment marketés, notamment sur les jeunes. Finalement, l’effet sur le tabagisme lui-même est indirect et s’inscrit dans une logique de long terme.
D’ailleurs, le paquet neutre ne saurait se suffire à lui-même : il doit être accompagné d’une série de mesures visant à réduire le tabagisme (avertissements, prévention, hausse des prix…).

Résultats concluants en Australie

Outre la France, seule l’Australie a déjà adopté le paquet neutre, mais d’autres pays s’engagent sur cette voie. Les études menées depuis l’introduction de la mesure, en 2012, semblent favorables. Elles montrent un effet significatif sur la perception des risques liés au tabac, un moindre attachement des fumeurs à leurs marques préférées, mais aussi un impact sur les comportements.
Ainsi, le paquet neutre est associé à de plus nombreuses tentatives de sevrage et à une baisse de l’initiation des jeunes.

« Il est possible de constater des différences entre l’Australie et la France, souligne Maria Melchior. Il existe de nombreuses spécificités culturelles. Les Français fument beaucoup, par exemple ». Rien ne permet donc de prédire les résultats de cette étude, dont les premiers devraient être disponibles début 2018.

L’Institut National du Cancer finance ces travaux, que la DGS (Direction Générale de la Santé) a appelé de ses vœux – après tout, le ministère de la Santé est à l’origine de cette loi. L’étude figure d’ailleurs au sein du PNRT (plan national de réduction du tabagisme).
Si ses résultats sont favorables, s’ils montrent que le paquet neutre parvient à modifier la perception du tabac et à limiter son attractivité, cela donnera quelques arguments aux autorités françaises, bien en peine pour contrer la communication industrielle.