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Médicaments : le système de santé français limite l'envolée des prix

Par Audrey Vaugrente

Les Canadiens dépensent en moyenne plus que les Français ou les Allemands pour se soigner. L'absence de couverture universelle explique en partie les disparités.

Kobyakov/epictura

Les Etats-Unis sont souvent cités comme les mauvais élèves du prix des médicaments. Mais le Canada voisin n’a rien à leur envier. Les dépenses y sont considérablement plus élevées qu’en France ou au Royaume-Uni. Les différences peuvent aller jusqu’à 600 %.

La faute à un système de santé trop peu protecteur, selon des chercheurs de l’université de Colombie-Britannique. Ils ont analysé les dépenses de 10 pays à revenus élevés, dont la France, l’Australie ou encore la Suisse, et les ont comparées à celles des Canadiens. Leurs conclusions sont publiées dans le Canadian Medical Association Journal.

Des dépenses supplémentaires

Les chercheurs se sont volontairement focalisés sur des médicaments couramment utilisés, comme les traitements de l’hypertension, les antidouleurs ou encore les antidiabétiques. Des molécules dont on peut difficilement se dispenser. Et pourtant, un Canadien de 55 ans sur 12 fait l’impasse sur son ordonnance car il ne peut pas payer son traitement.

La situation s’est dégradée depuis 2005, et les prix ont explosé. Après la Suisse, le Canada est le deuxième pays où les soins sont les plus chers. A l’inverse, une journée de traitement en Nouvelle-Zélande ne représente qu’un tiers de la moyenne des pays analysés.

De fait, les dépenses par personne sont considérablement plus élevées dans le Grand Nord qu’ailleurs dans le monde. Ce qui se traduit par des coûts supplémentaires. En 2015, sur la facture du médicament, 600 millions de dollars (535 millions €) sont simplement dus à l’excès de prix par rapport à des pays comme la France ou l’Australie.

Passer à la couverture universelle

Ce surcoût ne s’explique pas par un état de santé dégradé des Canadiens. « Le nombre de traitements achetés au Canada est similaire aux pays qui servent de comparaison, souligne le Dr Steven Morgan, qui signe ces travaux. Mais les Canadiens dépensent 2,3 milliards de dollars de plus que si ces traitements étaient vendus au même prix que les autres pays. »

Les prix des médicaments varient entre les pays, c’est un fait connu. Et en matière de négociation, le Canada semble particulièrement défavorisé. Les auteurs de cette analyse attribuent cela au système, qui ne propose pas d’assurance maladie universelle.

Les dépenses moyennes s’établissent ainsi à 158 dollars par personne… contre 99 dollars dans un pays comme la France, qui assure un minimum de remboursement par l’Etat et une complémentaire santé privée.

« Les dépenses moyennes sont plus faibles dans les systèmes à payeur unique, explique Steven Morgan. Cela semble favoriser des prix moins élevés, et le choix des traitements les moins chers dans les catégories thérapeutiques. » Passer vers un système plus protecteur serait donc une solution.


Prescrire plus de génériques

Dans un commentaire associé à l’étude, Joel Lexchin reconnaît que ce changement d’approche demande une réflexion poussée. « La forme exacte d’un tel système au Canada devra être négociée entre les gouvernements fédéraux, provinciaux et territoriaux », reconnaît ce chercheur de l’université de York (Canada). Mais un partage des coûts pourrait bien s’avérer intéressant sur le long terme.

Mais le Canada doit aussi s’engager plus fermement vers le recours aux médicaments génériques, estiment les chercheurs. Ils ne représentent aujourd’hui que 22 % du marché, et restent plus chers en moyenne que dans les autres pays. Cela doit être réglé à l’aide d’une politique officielle.

A l’heure actuelle, ce sont les médecins qui choisissent s’ils prescrivent le générique ou le princeps… ce qui a tendance à se traduire par le choix des molécules les plus coûteuses. L’option est d’autant plus tentante que rien n’incite à changer les habitudes. En France, les médicaments génériques sont mieux remboursés et les professionnels de santé sont financièrement incités à les prescrire.