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Généraliste : le délai d'attente pour un rendez-vous a doublé en 5 ans

Par Antoine Costa

Un sondage pointe les difficultés d’accès aux soins. Depuis 2012, le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le généraliste a doublé.

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Le manque de médecins se fait ressentir. Chaque année depuis 2011, l’Ifop mène des enquêtes pour sonder le ressenti sur l’accès et la qualité des soins. En 5 ans, ils se seraient déjà détériorés. Les Français sont ainsi 70 % à déclarer que le système de santé français s’est globalement dégradé.

C’est, en priorité, le temps d’attente avant l’obtention d’un rendez-vous chez leur médecin qu’ils pointent du doigt. Ils estiment qu’il s’est étendu à 8 jours pour une consultation chez le généraliste, alors qu’ils déclaraient n’attendre que 4 jours en 2012.

Cette attente serait la première raison de refus de consulter. En France, deux personnes sur trois ont déjà renoncé aux soins, et 61 % des personnes sondées ont déclaré l’avoir fait en raison de la difficulté d’obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide. C’est plus que le coût de la consultation, citée tout de même par près d’une personne sur deux.

L’ophtalmologie toujours en souffrance

Du côté des médecins spécialistes, la dégradation est encore plus alarmante. Entre 2012 et 2017, le temps d’attente moyen avant l’obtention d’un rendez-vous en ville serait passé de 48 à 61 jours, d’après les sondés. L’ophtalmologie reste le point noir, avec 117 jours d’attente (+13 jours en 5 ans), suivie par la gynécologie (68 jours, contre 55 en 2012).

Mais ce sont les dermatologues qui semblent être de moins en moins accessibles. Il fallait, en 2012, 41 jours avant une consultation. Il en faut désormais 64 (+23 jours). À l’hôpital, le constat est le même pour la plupart des spécialités, et les délais sont comparables.

Le sondage confirme également une grande disparité régionale. Les Franciliens sont les mieux dotés en spécialistes, devant le Sud-Est de la France. En revanche, il faut par exemple attendre 150 jours avant de voir un ophtalmo dans le Nord-Est, et 72 jours pour un rendez-vous en rhumatologie dans le Nord-Ouest.

Une aggravation annoncée

Population vieillissante, départ à la retraite des médecins : ces deux raisons peuvent expliquer cette pénurie, et laissent présager d’une aggravation du phénomène. Près de la moitié des médecins ont plus de 55 ans, et leur âge moyen de départ à la retraite se situe entre 65 et 66 ans. Le renouvellement de la population médicale ne sera pas suffisant pour pallier les prochains départs à la retraite, estime l’Observatoire de la santé Jalma, qui a commandé l’enquête.

Moins nombreux, les médecins devront, en plus, faire face à une hausse du nombre de consultations. D’après le cabinet, le nombre de personnes en ALD (Affection longue durée) va continuer de progresser avec le vieillissement de la population. Il représente aujourd’hui 18 % des Français, et devrait s’élever à 20 % d’ici 2025. Une hausse faible mais significative : le nombre de consultations chez le cardiologue de cette population est par exemple 6 fois plus élevé que chez les hors-ALD.

En combinant la baisse de l’offre et la hausse de la demande, le nombre de consultations disponible par patient devrait chuter de 14 % en médecine générale, et de 17 % chez les spécialistes. Et ce sont l’ophtalmologie (-23 %), la rhumatologie et la dermatologie (-19 %) qui en souffriront le plus.

Diversification des actes

D’autres facteurs entrent aussi en jeu. La médecine à exercice particulier, comprenant notamment l’allergologie, la nutrition, ou les médecines alternatives (acupuncture, homéopathie…) font baisser le nombre de consultations. Les médecins la pratiquant voient moins de patients que les autres : 2 000 contre 3 500 pour les médecins généralistes ayant une pratique classique.
Les dermatologues et les ophtalmologistes, mais aussi les gynécologues, ont quant à eux vu s’étendre le champ de leurs activités, notamment via les actes esthétiques, et donc ainsi se réduire le nombre de consultations classiques disponibles.

 

L’hôpital boudé

Le sondage Ifop apporte d’autres enseignements sur les perceptions des Français, qui ne sont pas en faveur de l’hôpital public. Ils sont 68 % à estimer qu'il est en déclin, même si sa proximité sur l’ensemble du territoire semble satisfaisante : seuls 15 % se plaignent d’avoir un hôpital trop éloigné de leur domicile, contre 24 % pour la médecine de ville.

Dans toutes les spécialités, ils se déclarent en revanche plus satisfaits par les soins prodigués en médecine libérale qu’à l’hôpital. Ils vouent également une plus grande confiance aux cliniques privées (seulement 29 % d’avis défavorables).