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QUESTION D'ACTU

Jean-Luc Romero-Michel

Sidaction : "L'urgence, c'est l'information et le dépistage"

ENTRETIEN – 15 % des jeunes Français pensent que le VIH se transmet en buvant dans le verre d’une personne séropositive. Les connaissances reculent dans le pays.

Sidaction : \ shefkate/epictura

  • Publié 24.03.2017 à 18h24
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Le recul fait froid dans le dos. 7 % des jeunes pensent que le VIH se transmet par une simple poignée de main. Ce n’est que l’un des nombreux résultats alarmants que livre le sondage annuel réalisé par l’Ifop pour le Sidaction. Du 24 au 26 mars, cet événement invite les Français à donner pour la recherche et la lutte contre le VIH. En 2017, l’information semble à la peine.

Plus de 15 % des jeunes Français interrogés estiment que le virus peut se transmettre en buvant dans le même verre ou en mangeant dans la même assiette qu’une personne séropositive. Au registre des réponses inquiétantes, un quart pense même qu’un rapport protégé ne suffit pas à se prémunir contre le VIH.
Des idées fausses mais en progression, souligne l’Ifop. Constituent-elles la prochaine bataille contre l’épidémie ? C’est la question que Pourquoidocteur a posée à Jean-Luc Romero-Michel, président d’Elus Locaux contre le Sida (ELCS) et du Centre régional d’information et de prévention du sida (Crips).

L’information est-elle le prochain défi pour mettre fin au VIH ?

Jean-Luc Romero : C’est sûr que l’information est un vrai défi. Il faut qu’elle soit transmise et que les gens se fassent dépister. Mais quand on voit qu’il y a un retour en arrière des connaissances, notamment chez les jeunes, cela prouve qu’on a baissé la garde. Oui, l’urgence, c’est l’information, la prévention et l’incitation au dépistage.

Après 30 ans d’épidémie, on aurait cru que ces idées reçues auraient disparu…

Jean-Luc Romero : Je raconte dans mon dernier livre un événement qui m’est arrivé il n’y a pas si longtemps. Je suis allé chez une amie, et à la fin du repas, elle s’est rendue à la cuisine. Je lui ai apporté les restes dans la cuisine et j’ai vu qu’elle lavait les assiettes à la javel. Même chez des gens qui sont a priori informés, l’état des connaissances est catastrophique.

Ce phénomène est logique. Auparavant, on avait deux campagnes annuelles, avant l’été et le 1er décembre. Ces dernières années, tout cela a plus ou moins disparu. Dans les écoles, il y avait un vrai travail qui n’est plus systématique. Il ne faut pas s’étonner que les gens aient des préjugés sur quelque chose dont on ne parle pas. Cela explique aussi les discriminations que subissent les personnes séropositives.

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L’objectif d’un Paris sans sida en 2030 est-il atteignable ?

Jean-Luc Romero : C’est un objectif totalement atteignable. On sait, aujourd’hui, qu’on peut avoir une France et un monde sans sida. Mais 30 000 personnes ignorent qu’elles sont séropositives, et l’information chez les plus jeunes est dramatique. On en revient à des gens qui pensent qu’on attrape le VIH en embrassant quelqu’un, dans les toilettes publiques ou par les moustiques…

Il faut donc en parler. Si on ne parle pas des choses, elles n’existent pas. C’est le grand paradoxe. Il y a 15 ans, moins de personnes étaient touchées et on en parlait beaucoup. Aujourd’hui, 37 millions de personnes sont touchées dans le monde, mais ce n’est plus un sujet de santé publique majeur, alors que c’est un des rares virus dont on sait qu’on peut y mettre fin.

Concrètement, comment atteindre cet objectif ?

Jean-Luc Romero : On a tous les éléments pour y arriver. L’Onusida fixe l’objectif en 2030, de manière très réaliste. D’ici 2020, il faut que 90 % des personnes séropositives soient dépistées, que 90 % de celles-ci soient sous traitement et que 90 % des personnes sous traitement n’aient pas de charge virale détectable. La France y est presque. Il faut juste de la volonté politique et un peu d’argent pour lancer des campagnes, pousser les gens à se faire dépister. Aujourd’hui, quand une personne est dépistée positive, elle est immédiatement placée sous traitement. On a déjà atteint deux 90, et on est à 84 % pour le dernier objectif.

Mais dans les pays pauvres, plus de 40 % des personnes ne connaissent pas leur statut. C’est pour ça que la France doit porter cet objectif dans le monde. Si on le tient, en 2030, on peut arriver à un monde sans sida. Pour les bébés qui naîtront, ce sera un monde où le sida ne sera que l’histoire médicale d’un virus qui aurait disparu.

 

Regardez l'émission L'Invité santé de Pourquoidocteur
avec Jean-Luc Romero-Michel (ELCS, Crips)
diffusée le 17/11/16 :

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