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Association L214

Elevages porcins : les contrôles protègent-ils les consommateurs ?

Par Marion Guérin

La vidéo-choc tournée dans un élevage porcin de Bretagne suscite des interrogations sur le contrôle sanitaire de ces exploitations.

Stramyk/epictura

Haut-le-cœur devant ces images. Des porcs cohabitant avec des carcasses de congénères en putréfaction. Des « animaux maigres, blessés, malades, voire agonisants » dans un élevage breton en déchéance manifeste, comme en témoigne la présence d’ossements porcins. La nouvelle « vidéo-choc » publiée par l’association L214 et le journal Le Monde a de quoi hérisser le poil, que l’on soit défenseur de la cause animale ou simple consommateur de porc. D’autant que la vétérinaire interrogée par le quotidien évoque un « risque maximal » de transmissions de pathologies, avec un danger pour l’élevage comme pour l’humain.

Trichine

De fait, ces craintes sont fondées. La présence de carcasses au sein d’un élevage relève d’une situation sanitaire alarmante, explique Ludovic Lecarpentier, vétérinaire et membre du Conseil régional de l’Ordre des Vétérinaires de Bretagne. « Il y a un risque avec la trichine, lié à la consommation par des porcs vivants de viande de cadavre. A ce moment-là, un cycle parasitaire peut se développer », avec, in fine, un risque de contamination pour les consommateurs.

Pour évaluer et limiter le risque de trichinose, les autorités ont imposé une visite sanitaire obligatoire dans les élevages de porcs et les abattoirs. Démarrée en 2015, la campagne se met doucement en place. A la mi-juillet 2016, seule la moitié des éleveurs de porcs avaient réalisé ces contrôles, menés par le vétérinaire sanitaire de l’exploitation. La campagne a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2017, afin d’inspecter l’ensemble des 15 465 sites d’élevage.

« Les éleveurs ont tout intérêt à se manifester, car si leurs porcs ne sont pas contrôlés, ils perdent leur reconnaissance, ce qui implique une multiplication des tests au moment de l’abattage », précise Ludovic Lecarpentier.

Ecoutez...
Ludovic Lecarpentier, vétérinaire, membre de l'Ordre de Bretagne : « Les animaux qui meurent dans les élevages, cela arrive, mais il y a des procédures… » 

Des troubles personnels à l’origine des dérives

Depuis 2009, un dispositif de surveillance de la grippe H1N1 a été déployé, d’abord en Bretagne, puis dans le reste de la France. En dehors de ces contrôles, les exploitations porcines sont inspectées tous les ans, mais seulement depuis 2015. A la manière de la filière bovine depuis 2005, la visite sanitaire des élevages de porcs est donc très récemment devenue obligatoire. « En fait, il existe de solides garde-fous, mais c’est vrai, si un éleveur ‘pète les plombs’, il peut passer temporairement entre les mailles ».

Ainsi, selon ce vétérinaire, les cas de dérives sanitaires tels que celui de l’élevage breton filmé par L214 restent très marginaux. « Je travaille dans le porc depuis 1993 et cela ne m’est arrivé que deux fois. A chaque fois, ces cas étaient liés à des situations personnelles de l’éleveur, à des troubles mentaux, de l’alcoolisme, une situation socio-économique délétère. On n’abandonne pas ses animaux comme ça, sans avoir un problème ».

Le « cas classique » dépeint par le vétérinaire est celui du fils qui reprend l’exploitation du père sans en avoir la compétence ni l’envie. Les premières années sont bonnes, portées par la production héritée, mais les mauvaises pratiques peuvent s’installer et générer une perte progressive de rendements. « L’éleveur n’a plus d’argent pour acheter les aliments ; ses bêtes meurent, il s’isole, plonge dans une sorte de léthargie, refuse toute intervention extérieure, n’appelle plus le vétérinaire… Dans mon cas, c’est le technicien qui m’a prévenu. Les exploitants ont cessé leur activité ».

Ecoutez...
Ludovic Lecarpentier : « C’est une situation qu’on voyait il y a 20 ans, car les éleveurs n’étaient pas spécialisés, on démarrait facilement une exploitation. Aujourd’hui, les éleveurs sont des gestionnaires »

Système "performant" mais perfectible

Mais comment expliquer que l’élevage breton, associé à une coopérative majeure de la région, ait pu passer entre les mailles du filet ? « Un élevage de porcs peut mettre seulement quelques semaines à tomber en décrépitude », explique encore Ludovic Lecarpentier. Par ailleurs, les contrôles obligatoires étant très récents, on peut imaginer que certaines exploitations n’aient pas encore reçu de visite sanitaire.

Pour ce vétérinaire, la situation de l’élevage breton, loin d’être systématique, renvoie à un système performant mais « qui comporte ses failles, comme tout système. Vous prenez l’avion et votre voyage sera sûr ; mais malheureusement, un jour, un pilote décide de précipiter tous ses passagers sur une montagne ».

Un système probablement perfectible, malgré tout. Selon un rapport du ministère de l’Agriculture daté de mai 2016, la formation sanitaire des éleveurs reste lacunaire. « Bien que les éleveurs soient de mieux en mieux formés, leur formation a été estimée insuffisante sur le volet sanitaire par eux-mêmes, par leurs représentations professionnelles et par les vétérinaires. Ce commentaire s’applique à tous les secteurs », peut-on lire.

Demandeurs d'informations

Pourtant, ces mêmes exploitants semblent demandeurs d’informations. Le rapport souligne que « des éleveurs citent une insuffisance d’appropriation (par les jeunes générations entre autres) de l’utilité des prophylaxies, de l’utilisation des qualifications sanitaires, des documents sanitaires, de la notion de plan d’urgence et de plan de surveillance de certaines maladies animales ».

Pour Ludovic Lecarpentier, l’écrasante majorité des éleveurs tient à la santé de ses animaux, si ce n’est au moins pour des raisons économiques. La réduction de l’usage d’antibiotiques dans les élevages a aussi incité les exploitants à rechercher d’autres moyens d’assurer la sécurité sanitaire des animaux. « Ils nous appellent car ils veulent être performants, ce qui passe par une meilleure biosécurité et un bien-être animal accru ».