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Streptocoque B

Infection néonatale : un algorithme pour éviter les antibiotiques inutiles

Par Anne-Laure Lebrun

Des chercheurs américains ont mis au point un algorithme mathématique pour identifier les nouveaux-nés à risque d'être atteints d'une septicémie. 

icefront/epictura

Chaque année dans le monde, la septicémie néonatale tue environ 6 millions de nourrissons. Elle est la conséquence d’une infection grave par des bactéries ou des virus. Le streptocoque du groupe B est la bactérie la plus fréquemment en cause dans ces infections graves du nouveau-né. L’origine de cette contamination vient en grande majorité de la mère au moment de l’accouchement.

En France, comme aux Etats-Unis, un dépistage systématique est réalisé afin d’identifier les enfants à risque d’être infectés par cet agent pathogène. A la naissance, les enfants présentant le moindre signe d’infection reçoivent des antibiotiques afin de prévenir le sepsis.
Mais pour éviter de traiter inutilement des enfants, des chercheurs du Kaiser Permanente (Etats-Unis) ont mis au point un calculateur de risque. Dans le JAMA Pediatrics, ils expliquent que cet algorithme permet de réduire de 50 % l’usage des antibiotiques chez les nouveaux-nés.

« Il est très préoccupant pour des jeunes parents de voir leur enfant subir des examens ou de le voir hospitalisé en soins intensifs pour recevoir des antibiotiques par intraveineuse, souligne le Pr Michael Kuzniewicz, responsable de ces travaux et néonatologiste au Kaiser Permanente. Nous pensons qu’il existe un meilleur moyen de d’identifier les enfants à risque, afin de traiter seulement ceux-là. »


La prescription des antibiotiques chute

En collaboration avec les chercheurs de l’université de Pennsylvanie et de Californie, les pédiatres ont étudié les dossiers médicaux de 600 000 nourrissons et de leurs mères. A partir de l’âge de ces dernières, du moment où elles ont perdu les eaux, si elles ont fait de la fièvre et s’elles étaient porteuses du streptocoque B, les scientifiques ont pu mettre au point un calculateur de risque.

Ils ont ensuite évaluer l’efficacité de leur outils entre juin 2014 et décembre 2015. Au cours de cette période, plus de 56 000 bébés sont nés dans les maternités du Kaiser Permanente en Californie du Nord. Le calculateur a permis de réduire de 66 % les prélèvements sanguins chez les enfants (passant de 14,4 % à 4,9 %), et l’usage des antibiotiques a chuté de 48 %. Ainsi, alors que 5 % des enfants recevaient ces précieux médicaments avant l’utilisation du calculateur, 2,6 % ont été traités par la suite.

« L’inquiétude évidente liée à cette réduction significative est de rater un enfant infecté et à risque de sepsis », reconnaît le pédiatre. Mais l’étude ne montre pas une augmentation des admissions pour septicémie ou une hausse de la prescription des antibiotiques dans les 72 heures après la naissance.
Les chercheurs précisent que l’incidence des infections néonatales précoces est restée inchangée, aux alentours de 0,2 à 0,3 pour 1 000 naissances.


Un outil utilisé plus de 250 000 fois

« En réduisant considérablement l’usage des antibiotiques, le calculateur de risque permet aux mères et aux enfants de rester ensemble après l’accouchement, se réjouit le Dr Allen Fischer, directeur du service de néonatologie au Kaiser Permanente de Californie du Nord. Ceci contribue à la construction du lien entre la mère et l’enfant, et favorise l’allaitement ».

En outre, il permet de ne pas exposer des enfants inutilement aux antibiotiques, ce qui permet à la fois de préserver leur efficacité et de lutter contre l’émergence de résistance. Cet outil permet aussi de limiter les risques associés aux antibiotiques, comme l’asthme ou l’obésité.

L’an dernier, le calculateur de risque a été utilisé plus de 250 000 fois par des cliniciens dans 189 pays du monde. Ces derniers travaillaient surtout aux Etats-Unis, Australie, Canada, Royaume-Uni, Inde, Hollande, Chili et Israël.