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Aux Etats-Unis

E-cigarette : une porte d'entrée vers le tabac chez les ados

Par Julian Prial

Selon une étude américaine, 20 % des adolescents vapoteurs réguliers ayant testé ce produit avant le tabac deviennent des fumeurs réguliers dans l’année qui suit.

diego_cervo/epictura

La e-cigarette est-elle une porte d'entrée vers le tabagisme ? C'est la sempiternelle question que se posent tous les experts du tabagisme. Et il y a quelques jours, ce sont des mauvaises nouvelles qu'ont enregistré le camp des vapoteurs. 

Selon une étude publiée dans la revue Journal of the American Medical Association (JAMA), les jeunes vapoteurs qui n’ont jamais fumé de cigarette classique ont plus de risques de tomber dans le tabagisme que ceux qui n’ont pas testé la e-cigarette. Pour parvenir à cette conclusion, des scientifiques californiens ont suivi plus de 3 000 lycéens américains de 15 ans pendant plus d’un an.

Les vapoteurs occasionnels à risque 

Et les résultats sont sans appel. Six mois après le début de l'expérience, environ 20 % des vapoteurs réguliers sont devenus des fumeurs réguliers, et plus de 11,5 % d’entre eux sont devenus des fumeurs occasionnels, révèle l’équipe de l'Université de Californie du Sud. Le constat est tout aussi inquiétant chez les vapoteurs occasionnels (ceux qui avaient testé une ou deux fois le produit au début de l’étude). Dans cette population, 9 % sont devenus des fumeurs occasionnels et 5 % sont devenus des fumeurs réguliers six mois après leur premier vapotage. Ces chiffres sont à chaque plus élevés que chez les jeunes n'ayant jamais expérimenté la e-cigarette. 

Enfin, l’étude conclut que le vapotage, quelle que soit la fréquence, est lié à une consommation de cigarettes jusqu'à quatre fois plus importante que celle des jeunes qui n’ont jamais vapoté, rapportent les chercheurs. Comme commentaire à ces travaux, le Pr Adam M. Leventhal, principal auteur de l'étude, confie : « ll y a encore beaucoup d'inconnues sur ce lien, mais la transition entre la vapotage et le tabagisme peut justifier une attention particulière dans la politique antitabac ».

 

Des résultats contraires chez les ados français 

Le chercheur aura cependant du mal à convaincre les partisans de la vape. Surtout que ces derniers ont démontré tout l'inverse récemment. Après avoir été inquiet, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, s'est ainsi dit « persuadé que l'e-cigarette est plus un concurrent du tabac qu'une porte d'entrée du tabagisme chez les adolescents ». Avec à l'appui des résultats. Ceux des enquêtes annuelles de l'association Paris Sans Tabac conduites depuis 1991 sur des élèves des collèges et lycées de Paris.

Les dernières données montraient en effet la baisse « inattendue » du tabagisme depuis l'apparition de l'e-cigarette chez les adolescents. Entre 2013 et 2016, le taux de fumeurs (exclusifs ou non) chez les 12-15 ans est passé de 15,5 % à 7,1 % alors que le taux de vapotage, dans le mois, reste stable (4,1 % à 3,9 %). De même, chez les 16-19 ans, le taux de fumeurs  (exclusifs ou non) baisse de 39,5 % à 29 % alors que le taux de vapotage, dans le mois, reste stable (8,3 % à 9,2 %).

Et le Pr Dautzenberg de conclure dans Pourquoidocteur, « Ma conclusion est qu'il est bien entendu préférable de n'avoir aucune consommation ni de tabac, ni d'e-cigarette, mais en terme d'initiation du tabagisme comme en terme de sortie du tabagisme, l'utilisation de cette dernière constitue une réduction des risques, qui doit être encouragée, même si elle doit être surveillée et encadrée ».