ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Viol : 12 recommandations pour en finir avec l'impunité

Avis du HCE

Viol : 12 recommandations pour en finir avec l'impunité

Par Julian Prial

Le Haut Conseil à l'égalité émet des propositions pour une plus juste condamnation du viol. Près de 100 000 seraient commis chaque année en France.

sdecoret/epictura

Les chiffres sont affolants. Dans un avis rendu public ce mercredi, et remis à la ministre des Droits des Femmes Laurence Rossignol, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) comptabilise près de 100 000 viols chaque année en France. Ce sont 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans et 14 000 hommes exactement qui déclarent avoir été victimes de viol ou tentative de viol en un an.

Des victimes qui bien souvent ne seront pas entendues. En effet, seules 10 461 plaintes de femmes et 1 655 plaintes d'hommes ont été déposées. Et pire, moins de 1 100 ont été condamnés judiciairement (765 hommes de plus de 15 ans, 304 hommes de moins de 15 ans et six femmes). Un constat alarmant dont s'inquiète le HCE. Il déplore même une « grande tolérance sociale » du viol qui peut valoriser la « culture des violeurs » et laisse peser la responsabilité sur les victimes.

De plus, il regrette l'écoute insuffisante dont sont victimes les femmes ou enfants, notamment parce que les professionnel.le.s ne sont pas assez formé.e.s pour les accueillir, les protéger et les accompagner de manière adaptée.

Trop de stéréotypes sexistes 

Pour comprendre ce phénomène, le HCE explique que le viol est encore entouré de « trop nombreux stéréotypes sexistes ». Ainsi, il rappelle que les femmes sont encore largement considérées comme responsables des violences sexuelles qu’elles subissent. « Les tentatives de justification des viols par des comportements jugés "à risque" sont légions : "elle portait une tenue aguichante", "elle marchait seule la nuit", "elle a accepté de boire un verre, ce qui a attisé le désir sexuel de l’agresseur" ».

Pour lutter contre cela, il émet 12 recommandations pour une « plus juste condamnation sociétale et judiciaire » de ce crime. Elles s’articulent autour de cinq leviers essentiels : la sensibilisation de la société ; la formation des professionnel.le.s ; l’accueil, la protection et l’accompagnement des victimes ; le traitement judiciaire ; l’éducation et la protection des jeunes.

Les propositions de HCE 

Comme mesures concrètes, le HCE propose le lancement de la 1ère campagne gouvernementale de sensibilisation consacrée au viol, ou encore à la mise en œuvre effective à l’école de l’éducation à la sexualité. Il souligne à ce sujet que ces mesures sont complémentaires de la promotion de la ligne nationale 39 19, numéro d’appel anonyme et gratuit pour toutes les victimes de violences faites aux femmes.

Par ailleurs, interpellé par le fait que 59 % des victimes de viols et de tentatives de viol, l’ont été pour la 1ère fois avant leurs 18 ans, et qu’en l’état actuel du droit les juges doivent avoir à caractériser le défaut de consentement y compris chez les enfants, le HCE recommande l’instauration d’un seuil d’âge - 13 ans - en dessous duquel les mineurs sont présumés ne pas avoir consenti à un acte sexuel avec une personne majeure.

Enfin, le HCE adresse un petit clin d'oeil aux journalistes, en souhaitant le développement des partenariats avec les écoles de journalisme et les rédactions pour élaborer des chartes pédagogiques relatives au traitement médiatique des violences faites aux femmes.