ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Grossesse : le tabac associé à un risque accru de tics chez l’enfant

Syndrome Gilles de la Tourette

Grossesse : le tabac associé à un risque accru de tics chez l’enfant

Par Julie Levallois

Les enfants nés d'une mère fumeuse sont plus à risque de présenter le syndrome Gilles de la Tourette. Les formes complexes sont particulièrement fréquentes.

fizkes/epictura

Le tabac n’est bon ni pour la mère, ni pour l’enfant au cours d’une grossesse. Les risques d’une telle exposition sont déjà bien documentés. Une équipe dano-américaine ajoute sa pierre à l’édifice dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry. Son étude, réalisée à partir du suivi de 73 000 grossesses, met en avant un lien entre la nicotine in utero et le risque de tics chroniques… y compris de syndrome Gilles de la Tourette.

10 cigarettes par jour

Au cours du suivi, les chercheurs ont porté une attention particulière au tabagisme chez les femmes enceintes et aux manifestations psychiatriques chez les enfants. Il en ressort une association solide avec le syndrome Gilles de la Tourette, célèbre par son symptôme le moins courant – la coprolalie – mais qui se manifeste souvent par des répétitions incontrôlées de gestes. Le risque de tics chroniques est accru de 66 % lorsqu’un enfant est né d’une femme qui fumait 10 cigarettes par jour, ou plus, au cours de sa grossesse.

Les jeunes exposés in utero à la nicotine sont aussi deux à trois fois plus à risque de présenter des tics associés à une autre pathologie psychiatrique, comme le trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Ce sont des formes complexes du syndrome. L’équipe ne livre cependant pas de conclusion définitive sur le lien avec les troubles obsessionnels compulsifs (TOC).



Des résultats à préciser

Dorothy Grice, co-auteur de ces travaux, estime qu’« identifier les causes environnementales des tics chroniques et des pathologies psychiatriques associées est important ». En effet, une meilleure identification des facteurs de risque est le moyen de développer des approches adaptées. Cela concerne, bien évidemment, la prévention. Mais pour la chercheuse, « à mesure que nous en saurons plus sur les mécanismes neurobiologiques sous-jacents, nous pourrons mieux développer des traitements spécifiques et ciblés. »

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, le mécanisme reste flou. Les auteurs lancent plusieurs pistes qui expliqueraient cette association. La première concerne l’état de santé des nouveau-nés issus de mères fumeuses : plus souvent prématurés, et à petit poids de naissance, ils présentent deux facteurs de risque de troubles du comportement. Une transmission générationnelle n’est pas non plus à exclure : les femmes qui poursuivent leur consommation de tabac pendant leur grossesse ont plus fréquemment des troubles psychiatriques. Les prochains travaux de l’équipe pourraient lever une partie du mystère : ils ont pour but de déterminer comment la nicotine altère le développement du cerveau.