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QUESTION D'ACTU

Rencontres S3 Odéon

André Comte-Sponville : "Notre civilisation demande tout à la médecine"

ENTRETIEN. A l'occasion des rencontres S3 Odéon qui se dérouleront le 3 septembre à Paris, le philosophe André Compte-Sponville évoque les grands enjeux de la médecine de demain.

 André Comte-Sponville : \

  • Publié 03.09.2016 à 10h03
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Que nous réserve la médecine de demain ? Le domaine de la santé est-il à l’aube d’une nouvelle révolution ? Quelles sont les implications éthiques de nos choix scientifiques? Autant de questions auxquelles tenteront de répondre la trentaine de chercheurs, médecins, philosophes, économistes qui se succèderont le 3 septembre prochain sur la scène du Théâtre de l’Odéon (Paris), pour S3 Odéon.  Cet événement, auquel s'associe Pourquoidocteur, propose à des personnalités d'horizons divers, médecins chercheurs, sociologues, de croiser leurs regards sur l'évolution de la médecine. Des interventions de 7 minutes, accessibles à tous.
Parmi les intervenants, André Comte-Sponville, membre du comité consultatif nationale d’éthique.  A la veille de la conférence, Pourquoidocteur, a rencontré le philosophe, qui s’interroge sur la place grandissante de la médecine dans notre vie quotidienne.


Quel est le rôle du philosophe dans le domaine de la médecine ?
André Comte-Sponville : 
Les problèmes tournant autour de la santé sont des enjeux majeurs de notre époque. Ils sont au cœur de ma vie, et de celle de tout être humain. Dit comme ceci, cela peut paraître trivial. Mais le fait est que les questions de santé sont toujours plus importantes que les questions d’argent ou les problèmes sentimentaux. Il suffit que l’on vous annonce que vous ou votre enfant souffrez d’une maladie grave pour que tout le reste soit relativisé. La santé fait évidemment partie des dimensions essentielles de l’existence, et donc il faut que la philosophie s’en préoccupe.

Pourquoi la médecine occupe une place centrale dans la société ?
André Comte-Sponville : Mon idée est que les progrès considérables de la médecine font que celle-ci occupe une place de plus en plus importante dans notre vie à tous, et dans nos représentations sociales, au point que cela devient exagéré et exorbitant. Notre civilisation demande tout à la médecine. La première occurrence que j’ai repérée de ce pan-médicalisme, c’est une boutade de Voltaire. Il écrivait joliment « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ».
Le jour où le bonheur est devenu un moyen pour atteindre le but suprême qu’est la santé, un renversement considérable s’est produit par rapport à 25 siècles de civilisation. « Dieu est mort, vive la Sécu... », voilà au fond ce que signifie le pan-médicalisme. Une idéologie très bien illustrée par un dessin de Sempé qui représentait l’intérieur d’une église dans laquelle une petite dame, serrant son sac contre sa poitrine, dit à Dieu : « J’ai tellement confiance en Vous que, la plupart du temps, je vous appelle Docteur ».

 

Ecoutez...
André Comte-Sponville, philosophe : « L'OMS définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social, ce qui pose des problèmes individuels et collectifs... »

 

Cette idéologie ne pourrait-elle pas mener au transhumanisme ?
André Comte-Sponville : 
En effet, elle pourrait déboucher à terme sur ce qu’on appelle aujourd’hui l’homme augmenté ou l’homme amélioré. Dès lors que l’on demande à la médecine de non plus soigner les maladies – ce qui est sa fonction première – mais d’améliorer les états normaux, s’agit-il encore de médecine ou est-ce déjà du dopage ? Une société qui n’aurait comme valeur suprême la santé serait une piètre civilisation.

La définition même de la santé serait donc remise en cause ?
André Comte-Sponville : 
Tout à fait. La frontière entre le normal et le pathologique a toujours été floue, poreuse et incertaine. Mais les progrès de la médecine l’ont rendu mobile. Pour illustrer cela, je prends souvent l’exemple du Viagra. A son lancement, il y a près d’une vingtaine d’années, une table ronde réunissait des médecins, des psychiatres, des sexologues et moi, le philosophe de service. J’avais alors demandé à l’un des intervenants s’il avait essayé le Viagra sur lui. Il m’a répondu « bien sûr, et c’est très intéressant ». Autrement dit, le même médicament qui soigne les troubles de l’érection est aussi susceptible d’améliorer les érections normales. Une question se pose alors : qu’est ce qu’une érection normale ?

Le jour où tout le monde disposera de molécules qui permettront de plonger dans un état de complet bien être voire d’euphorie, la question même de la condition humaine sera totalement transformée. Or, l’humanité n’est pas pathologique. Elle ne relève pas de la médecine. La médecine ne va pas nous guérir de la finitude. Mais attention, il ne s’agit pas de contester les progrès médicaux.

 

Ecoutez...
André Comte-Sponville : « Les progrès de la médecine font partie des meilleures nouvelles de notre époque mais ils ne sauraient nous guérir de l'humanité, car l'humanité n'est pas une maladie... »

 

Comment expliquez-vous l’attrait paradoxal pour une médecine  technologique et en même temps pour les méthodes alternatives ?
André Comte-Sponville : 
Il est vrai que l’on voit d’un côté une médecine qui devient de plus en plus scientifique, et de l’autre un retour ou un développement de pratiques parfois ancestrales, mais dont le niveau de scientificité est faible, voire nul. Cette montée de l’irrationalisme est inquiétante.

De mon point de vue, la médecine ne sera jamais trop scientifique. Mais le risque est que les équipes médicales oublient la dimension humaine de leur métier. C’est pourquoi je dis souvent aux médecins de ne pas laisser le monopole de la douceur aux médecines douces. L’un des enjeux de la médecine d’aujourd’hui et de demain est de conjoindre la plus grande scientificité possible avec la plus grande douceur possible.

Vous pouvez d'ores et déjà réserver votre place sur le site internet de S3 Odéon 

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